3. Un critique bien armé
« Positivisme scientifique et idéalisme métaphysique [...], traits caractéristiques d'une duplicité intellectuelle en moi. Un tel dualisme se montre, par exemple, à l'impression que m'ont faite deux grands intellectuels tout à fait différents : Taine et Amiel. » Ce passage pourrait rendre compte non seulement de la poétique de Palamas, mais aussi de sa méthode critique ; car, si l'on peut parler de méthode critique en Grèce, ce n'est qu'après lui.
Certes, distinguer le penseur du poète, dans le cas de Palamas, n'aurait pas de sens. Son univers n'est-il pas hanté par les livres ? Lecteur infatigable, il fait montre, même dans ses poèmes, d'une grande érudition, qui n'est pas toujours pour rien dans son « obscurité ». Par ailleurs, son discours critique, que signifierait-il sans la sensibilité et l'intuition du poète ?
Ce discours, néanmoins, eut le mérite de mettre de l'ordre dans la littérature néo-hellénique. Solomos prit sa juste place ; Calvos, redécouvert en 1889, apparut sous un jour nouveau. Large documentation, connaissance parfaite des questions techniques, sens de l'histoire, esprit scientifique, imagination : le génie critique de Palamas est bien armé. Seulement, ce génie n'est pas toujours sans faille : poussé par son engagement linguistique, Palamas se montra souvent trop indulgent vis-à-vis des littérateurs vulgaristes, tandis qu'il fut incapable de comprendre Cavafy ou la poésie moderne. Lié à une époque historiquement déterminée, il en exprima non seulement les grandes possibilités créatrices, mais aussi les limites.
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