3. Les bouleversements du dernier demi-siècle
• Une population accrue
Après un siècle de dépérissement, l'évolution régressive s'est inversée pour la Corse au cours de la décennie 1950-1960. L'impulsion est venue du dehors. Pourquoi et avec quels effets ? 176 000 habitants en 1962, 260 000 en 1999 : le gain de 84 000 habitants témoigne de l'arrêt du dépeuplement. L'arrivée de 17 500 rapatriés d'Afrique du Nord, entre 1957 et 1963, en a été la cause initiale. Plus de la moitié d'entre eux s'est installée à Ajaccio et Bastia ; cinq cents familles se sont dispersées dans les campagnes littorales, surtout autour d'Aléria et de Ghisonaccia. Cette immigration a entraîné la croissance, mais les rapatriés n'ont constitué qu'une fraction minoritaire par rapport aux entrées de main-d'œuvre étrangère jusqu'en 1975. Ensuite, les arrivées du continent l'ont emporté sur le flux étranger, majoritairement maghrébin.
D'ailleurs, l'excédent naturel étant presque nul (la natalité en 1999 est de 10,5 p. 1000 et la mortalité de 10 p. 1000), les progrès reposent sur l'excédent migratoire et diminuent depuis trente ans. Ils ont gonflé les groupes d'adultes sans supprimer le vieillissement, fruit de l'exode, et sans accroître le capital jeunesse qui reste déficient : pour la première fois, en 1990, les moins de vingt ans (23,1 p. 100 de la population) sont devenus moins nombreux que les plus de soixante ans (23,4 p. 100). Mais les taux d'activité se sont améliorés, la population active passant de 29,2 p. 100 en 1962 à 40 p. 100 en 1990, l'activité féminine de 11 p. 100 à 35,3 p. 100.
L'accroissement de la population n'a pas été également bénéfique pour l'ensemble de l'île. Les grandes gagnantes sont les villes, puisqu'elles ont attiré l'essentiel des gains, doublant leur importance en réunissant aujourd'hui 60 p. 100 de la population. L'expansion a transfiguré Ajaccio et Bastia, deux villes moyennes très vivantes, avec respectivement 52 880 et 54 075 habitants ; elle a accusé le contraste entre les […]
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