2. Les grands ensembles décoratifs
L'art de Corrège se révèle pleinement avec les fresques de la chambre de Saint-Paul (1519-1520, couvent de Saint-Paul, Parme), qui sont l'affirmation d'un talent exceptionnel. Cette explosion d'un style totalement nouveau pour l'Émilie, cette rapide maturation du vocabulaire formel du jeune peintre sont inconcevables s'il n'a pas connu les grands exemples romains. L'équilibre de la composition, la solidité du dessin anatomique, une nouvelle conception de la couleur – proprement tonale – confirment la thèse d'un voyage à Rome, vraisemblablement aux environs de 1517-1519. Ces fresques, remarquables par leurs nuances mesurées et leurs tonalités monochromes, sont parmi les décorations de Corrège la seule œuvre tranquille et équilibrée. La réussite toute classique de cet ensemble décoratif permet au peintre de recevoir les plus grandes commandes parmesanes. En 1520, il commence les fresques de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste (la vision de saint Jean à Patmos, représentée sur la coupole, est terminée en 1524) ; toujours à Parme, on lui propose, deux ans plus tard, un contrat pour la fresque de la coupole octogonale de la cathédrale (1524-1530). Donnant libre champ à sa vertigineuse imagination spatiale, Corrège « gaspille avec la prodigalité la plus folle ce don miraculeux du mouvement » (Berenson). Des personnages proches de Michel-Ange, projetés dans un mouvement d'une immatérielle légèreté, créent des tourbillons de formes colorées. Avec un siècle d'avance sur les décorations spectaculaires du baroque, Corrège réalise le rêve des plafonds vertigineusement « aspirés » du père Pozzo. La perfection du dessin, cette cantilena lineare, est mise au service d'une sensibilité de coloriste sans égale.
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