Né près de Ferrare de souche paysanne, ce chantre inlassable de la plaine du Pô quitte sa terre vers la trentaine pour faire à Milan puis à Rome, où il est mort, les métiers les plus divers, en même temps qu'il écrit nouvelles, romans, pièces de théâtre, anthologies. Govoni poursuit surtout de façon exemplaire, pendant plus de cinquante ans, sa carrière de poète. Tout au long de ce demi-siècle dramatique, agité sur le plan littéraire et secoué de vicissitudes privées, à travers les éclipses et les consécrations de sa renommée (de 1933 à 1953, bien des prix le couronnent), il n'a cessé d'œuvrer à l'élaboration de son langage poétique, sa seule aventure, sa joie. Ses premiers vers, à vingt ans — Le Fiale (Les Fioles) ; Armonia in grigio e in silenzio (Harmonie en gris et en silence) —, rompent, en pleine gloire d'annunzienne, avec l'art du maître. On y entend les premiers accents crépusculaires : dans une langue effacée, un modeste monde mélancolique. Mais bien vite apparaît dans ses vers un monde plus vigoureux, une abondance jamais vue de choses présentées en un inventaire surprenant. C'est que Govoni voit les choses comme d'autres formes de ses sentiments et que, par les objets choisis, il exprime sa propre façon de sentir la vie et le monde ; ce monde qu'il sentira bientôt « analogique », fait d'une unique « pulpe » sous l'incalculable variété des formes. Il n'a rien d'un théoricien ; c'est par ses étonnantes facultés réceptives qu'il saisit tout, et appréhende la multiplicité des choses. Mais progressivement, il contrôle ce flot de matière verbale et, sans l'appauvrir, le purifie, l'endigue (Poesie elettriche, 1911 ; L'Inaugurazione della Primavera, 1915) ; il parvient plus tard, par un jeu très serré de rapports et de transpositions, à un langage surréaliste où l'objet pourtant reste indestructible. Ainsi l'art de Govoni, toujours plus, se change en lui-même.
Germaine LECLERC
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