Parmi les nombreuses images dont les chrétiens se servent pour décrire l'Église, trois ont une particulière importance : celle de « peuple de Dieu le Père », celle de « corps mystique du Christ » et celle de « temple de l'Esprit saint ». Elles renvoient, en effet, au mystère du Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit, de qui l'Église tire son existence. L'image de corps du Christ, particulièrement mise en relief par Pie XII dans une encyclique de 1943, joua avant et après la Seconde Guerre mondiale un rôle de contrepoids par rapport à la conception de l'Église comme société qui dominait jusqu'alors.
Pour l'Écriture, l'Église n'est pas tant la corporation du Christ que son corps même : par le baptême (I Cor., xii, 13) et par l'eucharistie (I Cor., x, 1-6) — « Le pain que nous mangeons n'est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu'il n'y a qu'un seul pain, à nous tous nous ne formons qu'un seul corps » —, les chrétiens sont rattachés au corps personnel de Jésus, ressuscité et vivifiant. Ce corps, c'est l'Église, dont le Christ est la tête (corpus mysticum Ecclesiae cujus caput Christus est). Une telle doctrine introduit une solidarité profonde entre tous les croyants ; mais on ne saurait se fonder sur elle pour bâtir une théorie de l'Incarnation continuée, car le Christ n'a qu'un seul corps d'incarnation, celui qu'il a reçu de Marie, sa mère.
Hervé LEGRAND
Retour en haut



