2. L'âge classique
Les Fleurs de l'enfer (1958) de Shin Sang-ok (né en 1926), interprété par Choi Eun-hee, son épouse, tourné en noir et blanc et en décors naturels à Séoul, ouvre la voie. En décrivant les conditions de vie après la guerre (le marché noir) et la présence militaire américaine, le metteur en scène dresse un sombre portrait de la jeunesse coréenne. Figure majeure du cinéma coréen, Shin Sang-ok tournera par la suite L'Invité de la chambre d'hôte et ma mère (1961), qui raconte l'histoire d'une veuve qui s'éprend d'un peintre qu'elle héberge. Le conflit, qui voit l'héroïne partagée entre ses sentiments et le devoir moral, fera du film un classique du mélodrame confucéen. Shin Sang-ok brille également dans la fresque historique, avec Yonsan Gun (1961), en cinémascope et en couleurs, évocation d'un tyran qui a régné de 1495 à 1506, puis avec L'Eunuque (1968). Mystérieusement enlevé avec sa femme à Hong Kong, en 1978, puis transféré en Corée du Nord, il y tournera plusieurs films, dont une version de L'Histoire de Chunhyang, avant de s'évader en 1986 et de s'installer aux États-Unis, la Corée du Sud ayant toujours cru à un faux enlèvement organisé par le cinéaste.
Parmi les cinéastes fondateurs du cinéma coréen, il faut mentionner Kim Su-yong (né en 1929), auteur d'une œuvre prolifique où on retiendra les drames réalistes Le Village au bord de la mer (1965) et Le Brouillard (1967). De même Yoo Hyun Mok (né en 1924), dont les films traitent du conflit entre les deux Corées, notamment Une balle perdue (1960) et La Saison des pluies (1979). Ce drame de la partition entre Nord et Sud, avec l'évocation des familles séparées, sera à l'origine du « Han » – une émotion teintée de regret, d'amertume, de mélancolie, élevée en Corée au rang de sentiment national.
Dans ce contexte, l'œuvre de Kim Ki-young (1919-1998) détonne totalement. S'il reprend le triangle amoureux du mélodrame confucéen – l'intrusion d'un tiers dans la vie d'un couple –, il le fait pour dynamiter les tabous sexuels, tout en insistant sur les rapports de pouvoir entre maître et domestique, en particulier dans La Servante (1960), The Woman of Fire (1970), The Insect Woman (1972) et The Woman of Fire 1982 (1982). Son cinéma au vitriol, qui cultive le mauvais goût et critique les valeurs hypocrites de la société coréenne, a ouvert une brèche, au sein d'une cinématographie contrôlée par la censure de la dictature militaire.
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