Longtemps injustement ignoré, le cinéma coréen, parce qu'il affiche une excellente santé économique, fait beaucoup parler de lui. Ce coup de projecteur permet d'éclairer la scène du passé, fort riche quoique méconnue, tout en mettant en valeur la figure d'Im Kwon-taek et de jeunes cinéastes comme Hong Sang-soo. Il convient également de tenir compte d'un cinéma de genre qui a pris, au sein du cinéma asiatique, la place laissée vacante par Hong Kong depuis la rétrocession à la Chine, intervenue en 1997.
1. Un démarrage contrarié
Il s'est passé peu de choses au temps du protectorat japonais (1905-1945), l'occupant ayant tout fait pour décourager un cinéma d'expression coréenne. D'où un démarrage tardif, avec le premier long-métrage de fiction, L'Histoire de Chunhyang (1923). Inspiré d'un classique de la littérature coréenne, qui fait partie du répertoire pansori – un récit chanté à une seule voix –, ce film a fait l'objet de nombreux remakes. En raison de la censure grandissante et de la tension politique (due à la guerre sino-japonaise) qui accroissent la répression contre les cinéastes coréens, beaucoup doivent s'exiler. De 1923 à 1946, 171 films sont produits en Corée, soit une moyenne de 6 films par an. La guerre de Corée, peu après la défaite du Japon en 1945, retarde la véritable naissance du cinéma coréen. Il faut attendre 1955, lorsqu'un remake de L'Histoire de Chunhyang est couronné de succès, pour que le cinéma, jusqu'alors sous la tutelle du ministère de la Défense, dépende du ministère de l'Éducation.
2. L'âge classique
Les Fleurs de l'enfer (1958) de Shin Sang-ok (né en 1926), interprété par Choi Eun-hee, son épouse, tourné en noir et blanc et en décors naturels à Séoul, ouvre la voie. En décrivant les conditions de vie après la guerre (le marché noir) et la présence militaire américaine, le metteur en scène dresse un sombre portrait de la jeunesse coréenne. Figure majeure du cinéma coréen, Shin Sang-ok tournera par la suite L'Invité de la chambre d'hôte et ma mère […]
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