2. Crise du mouvement coopératif ?
Toutefois, l'apparition d'associés non coopérateurs rompt cette belle unité : certains associés ne participent pas à l'activité de l'entreprise, mais se bornent à apporter des fonds, ou un actif quelconque, en vue d'en obtenir une rémunération. Leur intérêt n'est donc pas le même que celui des coopérateurs : ces derniers sont intéressés par l'activité elle-même – achats de biens, transformation de produits, accès au crédit, construction de logements, etc. –, tandis que les non-coopérateurs sont intéressés par le rendement de leurs apports. C'est ce qu'exprimait Charles Gide, en 1889, lors du quatrième congrès du mouvement coopératif : « Le caractère essentiel de la société coopérative, son trait original, révolutionnaire même si vous voulez, c'est que le capital y est non point supprimé ou méprisé – les coopérateurs sont gens trop pratiques pour s'imaginer qu'on peut se passer du capital ou l'obtenir gratis –, mais réduit à son véritable rôle, c'est-à-dire d'instrument au service du travail et payé en tant qu'instrument. Tandis que, dans l'ordre des choses actuel, c'est le capital qui, étant propriétaire, touche les bénéfices, et c'est le travail qui est salarié – dans le régime coopératif, par un renversement de la situation, c'est le travailleur ou le consommateur qui, étant propriétaire, touchera les bénéfices, et c'est le capital qui sera réduit au rôle de simple salarié ! » Pour les coopérateurs, la rentabilité est un moyen et l'activité un but, tandis que, pour les non-coopérateurs, elle est un but, et l'activité n'est qu'un moyen. Il est clair que cette dualité de points de vue modifie en profondeur le fonctionnement même de l'entreprise coopérative, puisque les objectifs des uns et des autres diffèrent. On peut supposer que ce n'est pas de gaieté de cœur, mais plutôt sous la contrainte, que les coopérateurs ont ainsi accepté qu'une logique étrangère à leurs propres finalités fasse irruption dans leur entreprise. En ce sens, les associés […]
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