Les controverses ont toujours fait partie de l'avancée des sciences. Elles sont indispensables à la formation, au développement et à l'évaluation des théories, des méthodes, de la constitution et de l'interprétation des données. Certains auteurs considèrent la science comme une succession ininterrompue de controverses qui perdurent ou sont reformulées. Elles trouvent parfois divers modes de clôture. Qu'y a-t-il donc de nouveau aujourd'hui ? Certaines controverses scientifiques sont devenues publiques. Greffées autour de technologies susceptibles de causer des dommages graves pour l'environnement, la société, voire les générations futures, elles deviennent multiformes. Cette nécessité de prendre en compte divers aspects (scientifiques, économiques, éthiques, politiques) invite à la fois à imaginer des modes de compréhension des enjeux et à trouver des procédures d'accompagnement, voire de règlement de ces débats à entrées multiples. Les questions éthiques y ont pris une grande importance, tant pour indiquer ce qui pose problème qu'en ce qui concerne les tentatives d'encadrement des controverses scientifiques publiques. Un principe d'origine éthique, le principe de précaution, peu à peu stabilisé, noue ces différents aspects en conflit.
1. Controverses multifactorielles et nouveaux types de règlements
On parle parfois de controverse scientifique à propos de thèmes comme le clonage, le nucléaire, les neurosciences ou encore les organismes génétiquement modifiés, comme s'il s'agissait d'un objet singulier. Or il est rare que nous n'ayons affaire qu'à une seule controverse, en raison de la diffusion de celle-ci dans des milieux hétérogènes. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter selon que la division persistante et publique entre membres de communautés scientifiques soutenant des arguments différents porte sur les faits, les principes (méthodologiques ou ontologiques), les interprétations ou les théories (McMullin, 1987). Les controverses scientifiques pourront donc êtr […]
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