2. Du contrepoint à l'harmonie
À ce stade très évolué de la musique polyphonique commence à se manifester un sentiment harmonique diffus, dont la signification pour nous est évidemment différente de ce qu'elle fut pour les musiciens de l'époque. Les agrégats sonores résultant des rencontres entre les parties reçoivent en effet aujourd'hui un nom et une fonction empruntés à un langage dont la syntaxe était alors totalement inconnue.
Le contrôle qu'on exerçait dans ce temps sur les résultantes verticales des entrelacs dessinés par des lignes mélodiques purement horizontales n'était encombré d'aucune notion dynamique. On reconnaissait un certain hédonisme en de telles rencontres ; non seulement on ne les séparait pas du flot qui les charriait, mais surtout on ne leur accordait nullement le pouvoir d'en modifier le cours par quelque action personnelle sur les sons qui s'y trouvaient provisoirement assemblés.
Nous sommes donc encore, avec Josquin des Prés, dans une conception purement contrapuntique de l'écriture musicale. Mais c'est une conception qui va s'altérer lentement et progressivement dans les temps qui suivront, cependant que la maîtrise et l'ingéniosité des compositeurs feront de l'esprit de combinaison le puissant levain d'une musique parvenue à l'apogée de ses ressources techniques. Ce sera l'époque de Janequin, de Costeley, puis de Claude Lejeune, de Roland de Lassus, de Vittoria, de Palestrina.
À travers l'œuvre de ces compositeurs, on voit le discours musical se ponctuer de formules cadencielles qui dénoncent une tendance envahissante à le structurer et le penser par accords, puis par successions d'accords, ordonnés entre eux selon les hiérarchies du futur système tonal. Dans ce sens, il ne serait pas indéfendable de dire que la décadence de la musique contrapuntique commence aussitôt après Josquin des Prés, à condition de ne donner à cette formule aucune signification qualitative. Un genre disparaît pour donner naissance à un autre ; et si, après coup, cette époque pe […]
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