3. L'émigration
C'est dans l'émigration, en effet, que la contre-révolution, après son échec parlementaire, a cru trouver sa principale forme d'action. Le mouvement a commencé en juillet 1789, le comte d'Artois et les Condé donnant le signal. Nombreux ont été alors les nobles qui ont quitté la France, surtout après les violences qui ont précédé ou accompagné la Grande Peur.
« Émigration de sûreté », a-t-on dit des premiers départs. Mais rapidement l'esprit a changé, dans la noblesse du moins. « Il ne suffit pas de se mettre à l'abri des vexations, écrit l'abbé Georgel, il faut encore opposer une digue à la Révolution. » C'est la pensée de Calonne. L'ancien contrôleur général des Finances organise un cabinet ministériel et une véritable cour autour du comte d'Artois. De son côté, le prince de Condé se charge de lever une armée, destinée à marcher sur Paris, avec l'appui des souverains de l'Europe.
Un rassemblement d'hommes en armes avait déjà eu lieu à Jalès, dans l'Ardèche ; une légion bourguignonne avait été constituée par le comte de Bussy ; des déserteurs étaient recrutés en Catalogne. Mais ces tentatives tournèrent court. Le prince de Condé réussit, en revanche, à former en Rhénanie, au cours de l'année 1791, une armée d'émigrés. Armée singulière, plus riche en officiers qu'en simples soldats. « C'était, dira Chateaubriand, la dernière représentation de l'ancienne France militaire, un assemblage confus d'hommes faits, de vieillards, d'enfants, descendus de leurs colombiers, jargonnant normand, breton, picard, auvergnat, gascon, provençal, languedocien. Un père servait avec ses fils, un beau-père avec son gendre, un oncle avec ses neveux... » Et Roger de Damas d'observer : « Concentrée à l'intérieur autour du roi, la noblesse eût peut-être sauvé la monarchie ; au-delà des frontières, il n'y eut que quelques milliers de braves gens, mauvais soldats, indisciplinés et indisciplinables et quelques centaines d'oisifs pleins d'honneur et d'inconvénients, souvent à charge et raremen […]
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