10. La Restauration
La Restauration de Louis XVIII n'a pourtant pas comblé les vœux de la contre-révolution. Ce n'était plus le souverain de la proclamation de Vérone qui montait sur le trône mais un monarque constitutionnel, gouvernant selon la Charte. Si les anciens monarchiens s'en accommodèrent, les émigrés de l'extérieur, comme Blacas, ou de l'intérieur comme Frénilly, ne purent l'admettre. Leurs excès précipitèrent le retour de Napoléon. Retour sans lendemain, mais qui se fit aux cris de « les aristocrates à la lanterne » et de « mort aux prêtres », révélant l'existence de deux France, celle de la Révolution et celle de la contre-révolution.
L'année 1830 voit la défaite des ultras. Le parti légitimiste, avec Chateaubriand et Berryer, s'épuise en complots sous la monarchie de Juillet (la chevauchée de la duchesse de Berry), survit au second Empire, échoue dans sa tentative de restauration du comte de Chambord, dans les débuts de la IIIe République.
L'Action française, sous l'impulsion de Maurras, reprend le débat idéologique sur la Révolution. Elle dénonce le parlementarisme, la corruption démocratique et les méfaits des hommes de 1789. Léon Daudet est particulièrement violent dans Deux Idoles sanguinaires : la Révolution et son fils Bonaparte (1939), mais cette violence se retrouve aussi chez des écrivains fort divers comme Louis Noir, Haraucourt ou Hugues Rebell à propos duquel Boylesve affirme : « L'idée seule de l'État démocratique lui tordait les entrailles. » Notons au passage que le cinéma ne présente alors la Révolution (Scaramouche d'Ingram, Le Conte des deux cités de Conway, Marie-Antoinette de Van Dyke) que sous les traits de brutes avinées (à la façon des gangsters cinématographiques de Howard, puis Brahm et Art Napoléon), La Marseillaise de Renoir faisant exception. On retrouvera curieusement une nostalgie identique du fascisme dans le cinéma italien d'après 1945, à travers certains personnages joués par Gassmann.
Vichy apparaît comme la revanche des idées contre-révolutionnaires, mais sans le roi. Liée comme en 1792 et 1814, en dépit de son nationalisme, au destin des envahisseurs de la France, la contre-révolution échoue une nouvelle fois et sort écrasée de la tourmente. Elle ne survit plus aujourd'hui que sous la forme de quelques groupuscules nostalgiques.
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