2. Naïveté et ironie
Certaines Histoires débutent par des paragraphes à la première personne qui sont autant de méditations d'ordre moral. Un seul texte fait exception. Ni réflexion ni conte, « L'Héritage », qui a pour sous-titre « Au lieu de préface », est une courte élégie où sont égrenées successivement différentes images de la perte : fleur préférée arrachée à l'amour du jardinier, brebis perdue par le berger, dieu enfin que le croyant voit réduit en poussière. « Et moi, conclut l'auteur, j'ai hérité de leur douleur à tous. »
C'est donc la nostalgie d'un paradis perdu qui pousse Peretz vers le romantisme naïf reflété par bon nombre de ses Histoires. Mais le positiviste désabusé perce souvent dans les chutes. Ainsi, le rabbin de Khelm – aïeul certain de celui contre lequel s'acharnera « Le Dernier des démons » de Bashevis Singer – résiste aux tentations de l'argent et de la chair, mais perd finalement son âme « pour une pincée de tabac à priser » dans la nouvelle du même nom. Sous les apparences d'une stylisation artistique des sujets du folklore, les Histoires à la manière populaire parlent ainsi du basculement entre la nécessité de la foi et son impossibilité, le grand sujet de toute la littérature juive du xxe siècle.
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