3. Psychisme de l'animal constructeur
Nous sommes, avec les constructions animales, sur un des sommets du psychisme, qui se manifeste ici par l'habileté technique, cette habileté que nous avons longtemps cherchée au niveau des outils. Pendant un temps fort long, tout le monde était convaincu que l'un des exemples de l'infériorité des animaux par rapport aux hommes était l'absence d'outils. En réalité, cette absence n'est pas absolue, on connaît quelques exemples d'outils utilisés par les animaux, mais ils sont très peu nombreux. Il est curieux de remarquer que le plus proche cousin de l'homme, le chimpanzé, est justement l'animal qui utilise le plus d'outils. Mais, en général, le psychisme animal ne s'est pas développé dans cette direction. Par contre, les constructions (l'outil à habiter, comme on a nommé la maison de l'homme) constituent un excellent exemple d'habileté technique comparable à celle de l'homme : que l'on puisse discuter sur la part d'inné et d'acquis qui se trouve impliquée dans ces constructions ne change rien à l'affaire. De plus, l'énorme motivation que montrent les animaux vis-à-vis de leurs constructions, le soin avec lequel ils les réparent, les solutions qu'ils trouvent auraient dû faire des constructions le sujet préféré des éthologistes.
On peut de plus dégager quelques règles assez éloignées de celles de l'éthologie habituelle :
– La règle de l'insolite : plus l'altération du nid est inhabituelle, moins elle a de chances de se rencontrer dans la nature, plus le comportement est variable et différent du comportement stéréotypé de l'espèce. La mésange sait faire son nid, mais elle cherche à résoudre un problème de réparation.
– Le sens du problème : pour que l'animal s'intéresse à un problème de construction, il faut qu'il lui soit posé dans des termes intelligibles. Pour une araignée, le problème qui a un sens est posé en termes de fils ; en termes de cire pour une abeille ; de brindilles pour une fourmi ; de branchettes pour un castor, de carton pour une guêpe.
– La règle des variations individuelles : comme on se trouve dans les problèmes de construction aux sommets du psychisme, seuls quelques individus arrivent à les résoudre ; la statistique ici n'aurait pas de sens.
– La règle de la plus grande complication : c'est le nid le plus complexe et non le plus simple qui offre le plus d'occasions de poser des problèmes. Les capacités supérieures du psychisme ne peuvent guère se manifester si le nid se compose d'une simple excavation creusée dans le sol.
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