2. La langue
Cavafy a peu écrit, publié moins encore. Il élimine, remanie sans cesse, procédant à une sorte de « lente distillation de son être ». Nous tenons de lui cent cinquante-quatre poèmes. Très tôt, préoccupé de se dire lui-même, le poète emprunte à différentes écoles – romantique, parnassienne, symboliste – des techniques d'expression, mais il ne trouvera guère qu'à quarante ans la langue apte à exprimer sa pensée. Par son tempérament et par sa formation, il répugne au verbe riche, au lyrisme abondant que personnifie Costis Palamas, et préfère décrire sèchement les faits, les actes et les conduites des hommes. Renonçant à traduire les messages ambigus de l'âme, il s'efforce d'interpréter les structures intelligibles de la conscience. Lui aussi, il tord le cou à l'éloquence, bannissant les « exagérations ridicules » pour ne retenir que ce que lui a laissé deviner son usage pondéré de l'imagination. Le choix qu'il fait, pour les publier en un recueil en 1904, de quatorze poèmes sur les quelque cent quarante qu'il a alors écrits révèle un sens critique aigu et sûr. À partir de 1911, il publie ses poèmes sur des feuilles volantes que, périodiquement, il fait brocher.
Il ne se décidera pas à les grouper en un seul volume et à les publier ainsi rassemblés. Son héritier en réalisera, en 1935, une édition de luxe, mais c'est seulement en 1963 que paraît, dû à G. P. Savidis, le texte définitif des Poèmes. Dans cette édition, les problèmes de chronologie et de classement par thèmes sont scrupuleusement examinés.
À ses débuts, Cavafy adopte apparemment les théories de Coleridge sur les symboles et l'esthétique de Baudelaire – il a réalisé en 1891 une traduction restée inédite du sonnet « Correspondances ». Les thèmes qu'il aborde dans Cierges (1893), La Ville (1894), Murailles (1896), Les Fenêtres (1897), Un vieillard et Monotonie (1898), Thermopyles (1901) révèlent ses hantises : le vieillissement, la vie gâchée, l'existence en marge et le désir d'en sortir coûte que coûte, […]
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