L'œuvre du peintre et théoricien néerlandais Constant Anton Nieuwenhuys, dit Constant, en témoigne : les mots « cité » ou « terrain vague » n'ont pas vocation à nourrir la seule propagande sécuritaire. La ville, support de ses spéculations plastiques et théoriques les plus captivantes, abrita aussi sa vision « utopienne » (Henri Lefèbvre) : celle d'un « monde sans frontières », où l'existence de l'homo ludens selon Huizinga serait régie par les instances du jeu et du désir – moteurs, aux yeux de Constant, de l'activité créatrice.
S'il a pu en effet, comme nombre de jeunes artistes de sa génération, s'estimer « condamné à l'expérimentation par les mêmes causes qui acculent le monde à la lutte », Constant ne trouva aucun refuge confortable dans la gestuelle expérimentale, préférant ne renoncer ni à l'art, ni à sa critique la plus radicale. Son projet d'urbanisme New Babylon (1959-1969) constitue à cet égard une remarquable tentative de dépassement de la tension entre l'esthétique et le politique, dans la mesure où la perte de distinction entre les disciplines artistiques, ainsi que la déchéance du concept d'architecture, sont inscrites au cœur de son organisation.
Né à Amsterdam en 1920, Constant eut à subir, durant ses années de formation, les diktats esthétiques promulgués par la Kultuur Kamer à la botte de l'occupant nazi. Dès après la guerre, la liberté formelle et la puissance de coloris émanant de ses toiles annoncent les principes d'expression qui régiront l'activité du Groupe expérimental hollandais, fondé en juillet 1948 avec Karel Appel et Corneille, puis du groupe Cobra, créé en novembre de la même année.
Farouchement opposé à l'art abstrait, Constant appelle en 1949 à « remplir la toile vierge de Mondrian même si ce n'est qu'avec nos malheurs ». Cela se traduira dans son œuvre, en 1950-1951, par l'exploration de thèmes guerriers réveillant les hantises alors refoulées par ses contemporains (Camp de concentration, 1950 ; Huit Fois la guerre, 1950-1951). À partir de 1 […]
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