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CONSENSUS

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2.  Solidarité et individualisme

Le consensus se dessine entre deux types limites de société, entre deux fantasmes inhérents à la sociabilité : celui d'une part, de la société conçue comme communauté indivise, corps-Un ; celui, d'autre part, de la désagrégation du corps social par l'individualisation absolue de ses membres, et qui dit la hantise du corps morcelé. C'est entre ces deux extrêmes que se situe la réalité du consensus, comme le montrait déjà Aristote contre Platon qui, dans le livre V de la République, écrivait : « Peut-on citer pour l'État un plus grand mal que celui qui le divise et d'un seul en fait plusieurs, et un plus grand bien que celui qui l'unit et le rend un ? Or ce qui unit, n'est-ce pas la communauté des joies et des peines (...) ? Au contraire, ce qui divise, n'est-ce pas l'égoïsme de la joie et de la douleur (...) ? » La Cité n'est donc une que si les citoyens partagent une affectivité collective et récusent toute joie et toute peine personnelles, toute subjectivité séparée. Mais quelle Cité peut réaliser une telle unité qui ne se trouve, dit Aristote, que dans l'individu ? La Cité est toujours plurielle et divisée et implique en son sein une incomplétude d'où jaillira son historicité.

Évoquant les communautés archaïques, Platon y décrit un mode de solidarité sociale qui ne peut pas ne pas être rapproché de cette solidarité mécanique que Durkheim dit être celle des sociétés primitives. L'homme de ces communautés vit dans l'univers de la « certitude ». Il est enfermé dans ses croyances. Ce n'est point qu'il les juge meilleures que d'autres. Simplement il y adhère sans partage. Il peut découvrir que d'autres croyances existent sans les accepter ou les rejeter mais en les considérant simplement comme n'étant pas les siennes et ne le concernant pas. Ses dieux lui appartiennent, il appartient à ses dieux. Il vit dans le soi ou le Tout, le soi et le Tout étant dans un rapport de réciprocité intégrale.

Dans cet état limite – dont il n'est pas dit qu'il ait réel […]

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