2. Un bouleversement de l'esprit
Des questions demeurent : que doit à l'opiomanie la magie de cette prose ? Et quel est le véritable dessein des Confessions : De Quincey voulait-il essentiellement se justifier ? En matière d'opiomanie, visait-il la dissuasion ou la propagande ? Qui le dira ? Deux grands chapitres des Confessions d'un mangeur d'opium traitent de l'opiomanie : les « Plaisirs », puis les « Souffrances » de l'opium. Rares sont les lecteurs qui ne trouveront pas la première partie plus chaleureuse que la seconde. Il décrit ainsi sa première expérience : « Je l'absorbai ; et en une heure, juste ciel ! quelle révolution ! quelle résurrection de mon être intérieur surgissant du fond du gouffre ! quelle apocalypse de l'univers qui m'habitait ! La disparition de mes douleurs n'était plus qu'une bagatelle à mes yeux ; cet effet négatif se trouvait englouti dans l'immensité des effets positifs qui s'ouvraient devant moi, dans l'abîme de félicité divine ainsi soudainement révélé. » Cette exaltation pénètre l'esprit du lecteur, d'autant plus que les visions terrifiantes annoncées comme la plus grande des souffrances de l'opiomane sont escamotées à la fin du livre. Il faut rappeler que dans l'Angleterre du xixe siècle, l'opium du peuple n'était pas tant la religion que le laudanum.
Les Confessions d'un mangeur d'opium donnaient le départ à une riche tradition littéraire : à commencer par Baudelaire qui, dans Les Paradis artificiels (1860), accorde une place considérable au livre de De Quincey qu'il commente et réécrit à la fois. Le rapport de l'écrivain aux drogues (chez Michaux, Burroughs, entre autres) n'allait plus cesser de mettre en question la nature de l'inspiration littéraire.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



