La C.F.T.C. a mis vingt ans à se « déconfessionnaliser ». Le processus qui aboutit en 1964 à l'apparition de la Confédération française démocratique du travail (C.F.D.T.) passe en partie par la suppression de l'hégémonie de la Fédération intersectorielle des employés, symbolisée par la désignation d'un ouvrier métallurgiste, Eugène Descamps, au secrétariat général. Après l'abandon de la référence chrétienne et la scission qui l'accompagne, la C.F.D.T. entreprend de consolider son assise et sa démarche. Le mouvement de mai 1968 l'entraîne sur la voie de l'autogestion. La rupture de l'Union de la gauche en 1977 permet à son deuxième secrétaire général, Edmond Maire, d'effectuer un « recentrage », et de prendre ses distances avec la C.G.T., son alliée traditionnelle. Poursuivi malgré les crises et les dissensions internes, le processus de « resyndicalisation » conduisit à l'abandon de tout projet politique alternatif au nom d'un réformisme pragmatique. À la fin des années 1990 et jusqu'en 2003, la C.F.D.T. voit ses positions et son audience renforcées, au point de devenir le partenaire de négociation privilégié des pouvoirs publics et du patronat dans toutes les réformes du droit social : Sécurité sociale, chômage, réduction du temps de travail, retraites.
1. La consolidation de la C.F.D.T. par l'unité d'action avec la C.G.T.
Dans les mois qui suivent le congrès extraordinaire de novembre 1964, les militants de la C.F.D.T. « contrent » sévèrement les initiatives des mainteneurs de la C.F.T.C. Ils leur disputent sigle et locaux. Il s'agit de restreindre au minimum la scission. Dans le même temps, la nouvelle centrale entend démontrer sur le terrain sa capacité d'action et de proposition. Le patronat contrarie cette perspective en affichant une intransigeance complète. Eugène Descamps conduit avec habileté sa centrale, évitant en 1965 de prendre position pour l'élection présidentielle entre François Mitterrand et Jean Lecanuet.
Face à l'immobilisme patronal, la C.F.D.T. cherche à dynamiser le mouveme […]
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