4. La sensation universellement explicative
Ayant ainsi fait du langage l'opérateur universel des idées réflexives, Condillac est amené à rejeter la dualité des principes que l'on trouve chez Locke : mis à part le langage, qui est d'institution, il ne reste qu'une source naturelle dans nos connaissances et facultés : la sensation. De la sensation, par dérivation et aussi par composition entre des sensations d'origine différente, Condillac dérive les fonctions d'entendement et les fonctions de volonté. Au lieu de distinguer et de séparer les fonctions sensibles et les fonctions intellectuelles, Condillac cherche une solution dans la composition de sensations d'origine différente. Cette genèse par composition et différenciation est traduite subjectivement par le passage de la passivité pure à ce que nous croyons être une activité propre de notre esprit. La vivacité de la sensation est la racine de l'attention, qui n'est que cette vivacité même sur le fond des autres sensations, et c'est de cette vivacité transformée en « attention » que l'on peut faire dériver toutes les fonctions intellectuelles comme la mémoire, la comparaison, le jugement et la réflexion. De même, le désir est la racine de toutes les transformations de sentiments dont le terme ultime est la volonté.
On aperçoit sans peine les conséquences radicales de cette théorie. Le moi n'est que la suite des sensations et de leurs transformations. Le moi n'est pas une substance pensante, consciente de soi, mais un effet de la combinaison des sensations et de l'expression de leurs transformations dans le langage. On comprend aussi que tous les « spiritualismes » et tous les « humanismes » se soient entendus pour déconsidérer ou passer sous silence cette philosophie « scandaleuse » : Maine de Biran se crut obligé de restaurer l'activité et le mystère du moi contre les héritiers de Condillac.
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