2. La pensée et les signes
À la suite de Locke, et comme beaucoup de penseurs de son siècle, Condillac distingue les pensées qui viennent directement de nos sensations et celles qui résultent d'une élaboration des premières. Mais sa grande originalité est d'assigner au langage, non la seule fonction d'expression des pensées, mais un rôle déterminant, et pour ainsi dire exclusif, dans la formation même des idées de réflexion. Condillac échappe ainsi au problème insoluble que rencontrent d'ordinaire les sensualistes : comment prétendre que toute notre pensée est dérivée des impressions sensibles, puisqu'il faudrait supposer un « esprit » actif pour passer de l'impression de sensation à l'idée réfléchie ?
Examinant systématiquement toutes les formes de pensée, Condillac établit leurs liens respectifs avec le langage. Sans doute, on peut bien supposer une pensée sans signes, mais elle demeurerait enfermée dans des suites très restreintes d'idées. Et, en tout cas, nous serions limités aux modes perceptifs et imaginatifs de la pensée ; nous n'atteindrions jamais l'abstraction et la combinaison des idées. La distinction essentielle qui sépare l'homme des autres animaux est dans l'institution des signes du langage, qui sont le fondement de la pensée abstraite et réflexive.
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