Formulette enfantine, récitée ou chantée avant le jeu pour désigner celui ou celle à qui sera dévolu un rôle particulier, généralement une corvée, ou du moins un rôle peu envié (« s'y coller », être « le chat »). L'un des joueurs compte ses camarades, qui ont formé un cercle, en montrant successivement du doigt la poitrine de chacun d'eux, tandis qu'il énonce, syllabe par syllabe, une formulette rythmée ; celui sur qui tombe la dernière syllabe est éliminé. On recommence à compter de la même manière, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un seul enfant, qui se trouve ainsi désigné.
Les comptines, qui représentent une sorte de sacralisation dans le rituel du jeu, sont universelles. La plupart sont anonymes, et elles sont presque toujours très anciennes. Si une comptine donnée peut enregistrer des variantes régionales, par contre, pour les enfants qui l'utilisent, le texte d'une comptine est intangible, que ce soit dans sa durée ou dans sa constante répétition. Les folkloristes distinguent, par commodité, plusieurs catégories de comptines. Comptines numériques, utilisant des chiffres allant jusqu'à quatre ou jusqu'à douze (« Une, c'est pour toi la prune/deux, c'est pour toi les œufs/trois, c'est pour toi la noix/quatre, c'est pour toi la claque ! » ou bien : « Une, deux, trois, de bois/quatre, cinq, six, de buis », etc.) ; comptines qui comportent une injonction de sortie : la comptée se termine par un ordre comme : « Va-t'en » ou « Sors dehors » ; comptines au texte altéré par des jeux phonétiques, des allitérations, au point d'en être presque incompréhensible, comme le très célèbre « Am-stram-gram... » ; comptines narratives où réapparaissent, au fil d'une histoire cocasse, des éléments historiques (permettant alors de les dater) ou religieux ; mise en scène à la fois poétique et absurde d'animaux, qui deviennent tout naïvement fantastiques, comme cette souris verte qui courait dans l'herbe, ce petit cochon pendu au plafond et qui pond des œufs, ou les araignées qui chantent le dimanche. De nombreux poètes ont d'ailleurs voulu apporter à ce domaine magique et sérieux du nonsense enfantin leur contribution d'adultes ; parmi eux, on retiendra, notamment, Paul Fort, Apollinaire, Max Jacob, Robert Desnos, Jacques Prévert, Philippe Soupault.
Nicole QUENTIN-MAURER
Retour en haut



