2. Une nation n'est pas une entreprise
De nombreux commentateurs ont forgé l'idée d'une lutte entre pays pour analyser la compétitivité. Chaque nation est alors considérée comme une grande firme en concurrence sur le marché mondial. Les États-Unis, l'Europe et le Japon seraient des concurrents, au même titre que Coca-Cola et Pepsi-Cola. Pourtant, comme l'a rappelé l'économiste américain Paul Krugman dans La Mondialisation n'est pas coupable (1998), l'analogie est impropre : une entreprise vend tout, ou presque, à l'extérieur de son organisation, et ses salariés consomment peu de sa production, à la différence d'un pays où la moitié, voire les trois quarts, de ce qui est produit est destiné aux consommateurs nationaux. De plus, les ventes de boissons de Coca-Cola se font peu vers les ouvriers de son concurrent Pepsi-Cola, mais vers l'ensemble des consommateurs, et inversement pour Pepsi-Cola, à la différence des pays qui échangent entre eux (le principal client de la France est l'Allemagne, qui est en même temps son principal fournisseur). Il est donc hasardeux de pousser trop loin la comparaison nation-entreprise.
Pour Krugman, « la compétitivité ne serait que le mot poétique pour exprimer la productivité d'un pays », et a donc peu à voir avec une lutte pour les parts de marché. Le meilleur indicateur serait alors celui de l'évolution de la productivité des facteurs de production à long terme. La démocratie, l'absence de corruption et la paix civile, ou, en d'autres termes, la bonne gouvernance publique, deviennent alors les éléments clés de la compétitivité. Les défauts de compétitivité reflètent, dans cette optique, des défauts de gouvernance.
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