1. Aux origines
« L'homme est né libre et partout il est dans les fers », constate Rousseau dans le premier chapitre du Contrat social (1762). Seule la volonté générale, c'est-à-dire l'accord entre les individus qui composent la société dans son ensemble, garantie par la souveraineté populaire, peut faire du pouvoir politique l'expression même du Bien et permettre l'émancipation humaine. Une pensée en rupture avec celle des philosophes du siècle, qui voient dans le despotisme éclairé la forme d'un gouvernement soumis à la raison universelle. Et une conception qui se démarque de leurs inspirateurs, en premier lieu Hobbes, partisan d'un État indépendant et d'un pouvoir fort au sein duquel la souveraineté populaire ne vise pas à donner le pouvoir au peuple, mais à libérer le monarque de toute subordination à l'égard de Dieu et des clercs de l'Église.
Dans son Discours sur l'origine et le fondement de l'inégalité parmi les hommes (1755), Rousseau affirme déjà que « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire « Ceci est à moi », et trouva des gens pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile » et décrit la propriété comme étant l'institution génératrice des malheurs de l'homme. À l'instar de beaucoup de ses contemporains, en particulier le curé Meslier, qui prône le retour à la communauté villageoise et à un communisme agraire, Rousseau voit en l'appropriation du sol un état de fait tardif, avatar de l'état de nature où dominait l'indivision des terres. Son influence s'exerce sur un autre ecclésiastique, Mably, partisan d'un socialisme ennemi de la cupidité, et sur Morelly qui, dans son Code de la nature (1755), fait le pari du progrès économique et d'une cité prospère régie par une théorie des besoins. Rousseau marque enfin Collignon, dont L'Avant coureur du changement du monde entier (1786) annonce certains des débats les plus virulents de la Révolution française.
La question de la propriété et, plus généralement, celle de l'activité économique grâ […]
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