3. Démocratie et universalisme
Pour autant, il serait erroné de confondre le communautarisme avec une vision ethnique ou holistique du lien politique. La critique du libéralisme universel et abstrait ne se fait pas ici au nom de communautés closes mais bien au nom des idéaux démocratiques eux-mêmes. Pour les communautariens, la crise de légitimité des démocraties libérales viendrait du fait que les citoyens ne s'identifient plus à leur État et qu'ils ont perdu tout sens d'un bien commun primant leurs intérêts individuels. D'où leur crainte que l'anomie résultant de l'affaiblissement du lien au sein des sociétés libérales ne conduise à une survalorisation d'ensembles fermés, telles des communautés ethniques ou religieuses exclusives. C'est donc précisément si elle veut être à la hauteur des impératifs démocratiques que toute communauté politique a, selon eux, besoin d'une identité, au sens d'une forme dans laquelle les citoyens se reconnaissent comme appartenant à un même groupe.
En outre, l'originalité de ces auteurs réside dans leur volonté de combiner cette insistance sur le contexte d'appartenance avec le maintien d'une perspective universaliste et la possibilité d'une contestation de l'ordre existant. En procédant notamment à une exploration des potentialités critiques inscrites au sein de chaque tradition, les communautariens tentent de tracer une voie médiane entre l'universalisme abstrait des libéraux – qui n'admet qu'un seul principe pour toutes les cultures – et le relativisme absolu – qui récuse l'existence de principes communs. Cette forme de communautarisme se veut donc compatible avec une conception pluraliste des sociétés humaines et le maintien d'une tension vers l'universel.
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