3. Une pléiade de génies
Comme il était fatal, certaines personnalités émergèrent du bataillon des clowns. Au comique unanimiste, hâtif et inspiré, de Mack Sennett se substituèrent, au cours des années vingt, les silhouettes affirmées de Charlot, Buster Keaton, Harry Langdon, Harold Lloyd, Laurel et Hardy. On ne dira jamais assez la prodigieuse richesse de cette période. Longtemps, Chaplin, seul, retint l'attention, mais nous savons aujourd'hui que Buster Keaton est au moins son égal. Nous savons aussi que le mystérieux message de Harry Langdon, aussi troublant que la plus fine poésie surréaliste, n'a pas fini d'être entendu. Quant aux courts métrages de Laurel et Hardy, dirigés à l'époque par Leo Mac Carey dans le sens de l'épopée burlesque, leur force comique n'a jamais été égalée.
Cette fois, les personnages sont fixés avec la dernière précision. Le trait physique, le costume, l'accessoire, un certain mode de réaction en face du monde ont désormais valeur de signes. L'abstraction est inscrite dans les lois du genre. Ainsi, la démarche de Charlot, le visage impassible de Buster Keaton, le regard rond et fixe de Harry Langdon, une certaine malice sous les lunettes d'écailles de Harold Lloyd, le sourire niais de Stan Laurel et le rictus vaniteux d'Oliver Hardy. On voit bien alors que la singularité ne peut s'imposer de manière arbitraire. Elle ne serait alors qu'extravagance. Le génie des grands comiques est de découvrir, par une sorte de réduction à l'essentiel, une attitude humaine fondamentale, et d'en tirer toutes les conséquences.
Ainsi, le vouloir-vivre de Chaplin-Charlot, sensible dès ses premières apparitions et qui sera le moteur constant de son œuvre : « La vie est aussi inévitable que la mort », dira-t-il dans Limelight.
Ainsi, chez Keaton, une faculté d'attention jamais démentie, presque absolue. À ceux […]
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