2. Un précurseur : Mack Sennett
Venus de la scène ou de la piste, assurés de leur métier et riches d'expérience, les acteurs et réalisateurs burlesques n'éprouveront aucune appréhension devant les faux mystères de la technique et du langage cinématographiques. Très sainement, ils s'approprieront le cinéma comme un moyen de servir leur fantaisie naturelle. Ils ne viseront qu'à l'efficacité comique et trouveront sans y penser les chemins de la vérité et du lyrisme.
C'est à Mack Sennett que l'on doit les meilleurs documentaires sur l'Amérique des années dix. On sait comment il cherchait à tirer parti des événements spectaculaires de la vie quotidienne : un incendie, une course automobile. Ses pitres et ses cameramen se mêlaient à la foule des badauds. Il avait sa troupe de policiers et de pompiers comiques, qui parvenaient sur les lieux du sinistre en même temps que les vrais. Régnant du haut de sa tour érigée au milieu des studios, officiant dans sa baignoire, Mack Sennett fut le chantre railleur d'une Amérique effervescente, travaillée par les démons de la fuite en avant et de la lutte pour la vie. Son comique à base de poursuite et d'agression (les tartes à la crème) n'a pas d'autre source que cette réalité. Aujourd'hui encore, on demeure confondu par la faculté d'invention des scénaristes, réalisateurs et comédiens dont il inspira le travail. Un gag entre mille : Billy Bevan pousse son automobile en panne. Au passage, il accroche, sans s'en apercevoir, une bonne demi-douzaine de voitures et les entraîne jusqu'à une falaise où les voitures vont s'écrouler une à une dans le vide. C'est un gag parfait, dont on sait qu'il fut imaginé, à l'époque, par Frank Capra, mais c'est en même temps un point de vue précis, quoique choisi sans arrière-pensées, sur l'idole, alors naissante, du xxe siècle : la voiture automobile.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



