3. La Colombie après la Violencia
Depuis la chute du dictateur Gustavo Rojas Pinilla, ni l'État ni la société, fortement déstabilisés par la guerre civile du milieu du xxe siècle, ne parviennent à rétablir durablement l'ordre autour de valeurs partagées. Ce constat repose, d'une part, sur la rapidité et la brutalité des évolutions sociales, le pays passant d'une économie rurale traditionnelle à une société urbanisée, orientée vers les activités tertiaires, et, d'autre part, sur la faiblesse des institutions publiques pour accomplir leurs tâches régaliennes et leurs fonctions de redistribution. Paramilitaires, autodéfenses, guérillas, « narcos » et criminels de droit commun ont commencé à prospérer dans les années 1970 pour mener, aujourd'hui, une véritable guerre à la société colombienne.
• Le Front national, une solution politique à la Violencia
L'accord signé le 24 juillet 1956, à Benidorm (Espagne), entre les libéraux et les conservateurs pour mettre fin au conflit partisan de la Violencia était paradoxal. En effet, le rétablissement de l'État de droit se fit au prix d'un compromis qui niait la souveraineté populaire. Il fut convenu qu'un président conservateur succéderait à un président libéral durant quatre mandatures (1958-1974). Les deux partis devaient simplement se mettre d'accord sur la personne « désignée », candidat unique qui serait ensuite présenté aux suffrages du peuple, lequel n'aurait d'autre choix que d'accepter le fait accompli. Chaque parti contrôlerait, en outre, la moitié des postes dans les administrations publiques, chaque gouvernement comporterait des membres des deux camps. Ce système, baptisé Front national (F.N.), inaugurait une longue période de cogestion partisane après des années de guerre civile entre libéraux et conservateurs.
Épuisée par la guerre, la population accepta ce compromis, avec une majorité écrasante (95,2 p. 100), lors du référendum du 1er décembre 1957. Malgré les pronostics pessimistes, le principe de l'alternance fonctionna : aux libéraux Alberto Lleras Camargo (1958-1962) et Carlos Lleras Restrepo (1966-1970) succédèrent respectivement les conservateurs […]
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