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COLOMBIE

La Colombie porte le nom du découvreur des Amériques. Inscrite dans les limites territoriales de l'Audience coloniale de Nouvelle-Grenade, elle a repris le nom de la Grande-Colombie de Simon Bolivar, qui comprenait aussi le Venezuela, le Panamá et l'Équateur (1821-1830). Elle s'est successivement appelée État puis République de Nouvelle-Grenade (1830-1858), Confédération Néogrenadine (1858), États-Unis de Colombie (1863) et enfin République de Colombie (1886).Colombie : carte physiqueColombie : drapeau

Colombie : carte physique Carte

Colombie : carte physique Carte physique de la Colombie. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Colombie : drapeau Dessin

Colombie : drapeau Colombie (1861). Trois bandes horizontales jaune, bleue et rouge, la jaune occupant toute la moitié supérieure ., couleurs et disposition que l'on retrouve dans le drapeau de l'Équateur. Il s'agit des couleurs choisies en 1806 par le général vénézuélien Francisco Miranda, en lutte aux côtés de Simon… 

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Ce pays, deux fois grand comme la France (1 141 000 kilomètres carrés), est, avec une population de 46,3 millions d'habitants en 2010, le troisième pays le plus peuplé et la cinquième puissance économique de l'Amérique latine. Mais la présence des plus anciennes guérillas marxistes encore en activité dans le monde (les Forces armées révolutionnaires de Colombie, F.A.R.C.), la prospérité du narcotrafic et la persistance de graves troubles de l'ordre public depuis la sanglante guerre civile de l'époque de la Violencia (1948-1956) donnent une image négative de la Colombie. Cette nation andine, mais aussi caraïbe et amazonienne, possède pourtant de nombreux atouts. Située à un carrefour stratégique entre l'Amérique centrale et le continent sud-américain, elle compte deux façades maritimes, l'une sur le Pacifique et l'autre sur l'Atlantique. Lieu de passage et nœud de communication depuis l'époque précolombienne, la population de la Colombie, d'origine indienne, européenne et africaine, est l'une des plus métissées au monde. Par ailleurs, le territoire colombien représente la deuxième réserve mondiale (après le Brésil) en termes de biodiversité, en raison de la variété de ses paysages. L'espace andin, organisé autour de trois cordillères, rassemble l'essentiel de la population, à l'exception des Afrocolombiens qui y sont minoritaires. Ceux-ci se concentrent dans la grande plaine côtière caraïbe, la Costa, et sur les rivages du Pacifique. À l'Est, dans les vastes bassins de l'Orénoque et de l'Amazone, presque vides d'hommes, se trouvent les savanes herbeuses – les Llanos – et les forêts.

Longtemps rurale et enclavée, la Colombie est désormais un pays dual. D'un côté, les fronts pionniers et les bidonvilles, délaissés par l'État, subissent la violence des acteurs armés (guérillas, paramilitaires, narcotrafiquants), la criminalité commune et le trafic de drogue. De l'autre côté, une nation moderne, largement urbanisée, connaît une croissance économique continue depuis les années 1940. La société civile colombienne, aux très anciennes traditions démocratiques – ancrées depuis le xixe siècle –, est l'une des plus actives et courageuses d'Amérique latine : beaucoup d'organisations et de militants continuent de lutter et de débattre malgré les intimidations et les risques qu'ils encourent.Bogota (Colombie)

Bogota (Colombie) Photographie

Bogota (Colombie) Le centre d'affaires international et bancaire dans la ville nouvelle de Bogota, capitale de la Colombie. 

Crédits: Robert Frerck, Tony Stone Images/ Getty Consulter

Clément THIBAUD

1.  Géographie

  Les structures élémentaires de l'espace

Atouts et contraintes de situation

Avec une superficie de 1,1 million de kilomètres carrés – taille moyenne en Amérique latine – la Colombie s'étire de la pointe de la Guajira semi-aride, extrémité septentrionale du sous-continent (120 nord), à Leticia, sur l'Amazone, au-delà de l'équateur (40 sud). Elle s'étend sur plus de 120 de longitude, depuis les berges du rio Negro, à la frontière du Venezuela et du Brésil, jusqu'aux rives du Pacifique. La Colombie n'a pas achevé sa construction : des pans entiers du territoire restent à coloniser. Associée au mythe de l'Eldorado lors de la conquête espagnole, elle fait encore l'objet de convoitises du fait de ses ressources (émeraude et charbon, dont elle possède les plus grandes mines à ciel ouvert de la planète) et d'une variété exceptionnelle de conditions écologiques propices à toutes les cultures : des plantes tropicales aux fleurs tempérées (second exportateur mondial), ou – image qu'elle renvoie souvent – de la feuille de coca (premier producteur au monde) aux grains de café (deuxième rang mondial).

Elle tire des atouts d'une situation géographique privilégiée : pierre angulaire de l'Amérique du Sud, elle en est l'unique État baigné par les deux océans, Atlantique (à travers la mer des Caraïbes) et Pacifique. Jadis étape intermédiaire entre l'Espagne et le Pérou colonial, elle est à l'intersection de deux axes majeurs de l'Amérique contemporaine : New York/Santiago et Mexico/Brasilia. Sa position stratégique enviable lui a fait perdre, en 1903, l'isthme de Panamá, lorsque les États-Unis, auxquels elle avait refusé la concession de terres pour le canal, soutinrent la création ad hoc de la République éponyme. La Colombie ne profite pourtant pas pleinement de ses façades maritimes : si la côte caraïbe (1 600 kilomètres) est tournée vers l'extérieur, le littoral pacifique n'est pratiquement pas accessible sur 1 300 kilomètres. Par ailleurs, ses frontières continentales sont tracées à travers des contrées peu favorables aux échanges où prédomine un relief accidenté lorsqu'elles coupent les Andes (Cucuta au nord-est, et Ipiales au sud-ouest, sont des points de passage) et où, sur presque tout le pourtour du pays, une forêt dense s'érige en barrière naturelle, à la fois à la charnière avec l'Amérique centrale – interrompant la route intercontinentale panaméricaine dont c'est le seul tronçon manquant –, et sur les marges orientale et méridionale, dans le « grand vide » amazonien.

Un pays compartimenté, des milieux hétérogènes

Les Andes structurent le pays de l'intérieur. Elles le traversent depuis le sud, presque de part en part, relayées au nord par le massif pyramidal de la Sierra Nevada de Santa Marta qui, isolé sur la bordure Caraïbe, domine la Colombie de ses pics jumeaux Cristóbal Colón et Simón Bolívar (5 775 mètres). La présence de la montagne à l'ouest marque ainsi la principale dissymétrie de l'espace colombien, l'autre grande moitié du territoire (55 p. 100) correspondant aux immenses plaines orientales où ne vit que 3 p. 100 de la population (2005). L'imposante partie montagneuse constitue le cœur du pays où moins du tiers du territoire abrite 80 p. 100 de la population ; un cœur compartimenté, cependant, par l'éventail des trois cordillères qui forment les Andes colombiennes. D'origine volcanique, les cordillères occidentale et centrale sont les plus anciennes : l'une, la plus basse (2 000 mètres en moyenne), compte seulement quelques volcans au sud (Chiles et Cumbal) ; l'autre est une succession de volcans dont les plus hauts culminent à plus de 5 000 mètres (Santa Isabel, Ruiz, Huila, Tolima). Issue du plissement de sédiments synclinaux et presque aussi haute que sa voisine (3 000 mètres en moyenne), la cordillère orientale est, quant à elle, évasée dans sa partie centrale où des bassins de comblement (hautes plaines de Bogotá et du Boyacá) s'élèvent aux environs de 2 700 mètres avant de laisser place, à l'est, aux crêtes de la Sierra del Cocuy (5 400 mètres). Sans atteindre des altitudes péruvienne ou bolivienne, les trois chaînes parallèles colombiennes ont considérablement gêné les relations entre les différentes régions et entre le cœur du pays et l'étranger. Ces ruptures sont d'autant plus tranchées qu'elles sont également fluviales : les haute et moyenne vallées du Cauca (sur 1 350 kilomètres) creusent un sillon rectiligne entre les cordillères occidentale et centrale avant de contourner les plateaux d'Antioquia ; et la franche démarcation du fleuve Magdalena (sur 1 550 kilomètres) emprunte un fossé d'effondrement de 600 kilomètres – parfois large de 60 kilomètres – entre les cordillères centrale et orientale.

Les terres basses orientales se partagent entre les savanes humides très peu peuplées des Llanos, au nord, qui s'allongent sur près de 1 000 kilomètres jusqu'à la gouttière de l'Orénoque et, au sud, compacte et inhabitée, hérissée de rares inselbergs, la forêt équatoriale du bassin de l'Amazone. Dans l'ouest du pays, d'autres régions naturelles basses couvrent 18 p. 100 de la superficie nationale : large d'à peine 200 kilomètres, dotée de rivages bordés de mangroves, la frange pacifique forestière et faiblement occupée par les hommes est l'une des régions les plus pluvieuses au monde. Sur la côte caraïbe, le littoral davantage humanisé est séparé des Andes par un arrière-pays où le delta intérieur du Magdalena, dont les crues se mêlent ici à celles du Cauca, constitue une vaste zone inondable qui, délaissée par l'État, est devenue le front pionnier le plus important à l'intérieur du pays. Le dynamisme démographique ancien – dès l'époque coloniale – de la partie littorale tient à son rôle d'articulation entre l'intérieur andin et l'extérieur.

La carte de la Colombie se lit ainsi selon une orientation nord-sud : si les cours d'eau des plaines orientales s'écoulent vers l'est et ceux de la bande pacifique (Atrato excepté) vers l'ouest, le Magdalena et, dans une moindre mesure, le Cauca, voies essentielles de pénétration et de communication parallèles à l'axe des cordillères, ont fixé l'orientation méridienne de la circulation des hommes et des marchandises.

L'alternance des chaînes de montagne avec les vallées fluviales ou les terres basses imprime de profondes discontinuités dans la composition du territoire. Le climat tropical en démultiplie l'hétérogénéité, moins par ses caractères généraux (températures homogènes, pluviométrie abondante et régulière) ou même par la variété des régimes locaux, due au morcellement du relief et à l'exposition, que par ses déclinaisons altitudinales. De 0 à 1 000 mètres, les terres chaudes (84 p. 100 du territoire, plus de 24 0C en moyenne) sont le plus souvent couvertes de forêts, dont la plus vaste est en Amazonie (30 p. 100 du territoire) ; tandis que celle du littoral pacifique est l'un des derniers sanctuaires écologiques de la planète, plus riche et moins connu que la forêt amazonienne mais qui, oublié par l'État, est investi par une économie extractive (bois, palmier à huile), au risque de dilapider son impressionnante biodiversité. Dédiées à l'élevage extensif, les savanes s'étendent surtout dans les Llanos et la région caraïbe (de l'ordre de 24 p. 100 du territoire). De 1 000 à 2 000 mètres, les terres tempérées (de 17 à 24 0C) occupent 8 p. 100 du territoire. Terres du maïs, elles sont aussi le domaine du caféier dont les plantations strient soigneusement les versants : élément identitaire et identifiant de l'Amérique latine aux yeux du monde, le café est produit dans une région particulière, unie par une continuité de culture, allant de la vallée moyenne du Cauca au sud de l'Antioquia. De 2 000 à 3 000 mètres, les terres froides (de 12 à 17 0C) couvrent 6 p. 100 du territoire. Fragmentées, indiennes et pauvres dans le massif limitrophe de l'Équateur, ces terres sont étendues plus au nord, dans la cordillère orientale, de la sabana de Bogotá, aménagée pour l'agro-industrie laitière, la céréaliculture et la floriculture, aux hautes plaines du Boyacá, plus fraîches, travaillées en petits systèmes d'irrigation pour la production vivrière, de pommes de terre notamment. Une forêt andine couvre les pentes inoccupées. Au-dessus de 3 000 mètres, le páramo, fréquemment embrumé, est une prairie humide et froide ; il cède la place aux neiges éternelles qui, à partir de 4 700 mètres, enveloppent les cimes des nevados.

Tout en multipliant les divisions dans la mosaïque colombienne, l'étagement bioclimatique les adoucit par la complémentarité verticale des terroirs qu'il engendre : manioc, maïs et pomme de terre (respectivement des terres chaudes, tempérées et froides) sont, ensemble, comme ailleurs en Amérique latine, les produits alimentaires de base. Et si le compartimentage est un obstacle aux échanges interrégionaux, la diversité bioclimatique a longtemps rendus ceux-ci moins nécessaires. En Colombie, hétérogénéité et fragmentation sont synonymes et jouir d'un milieu varié dans un espace somme toute réduit invite au repli sur soi ; les commodités offertes sur courte distance combinées à la difficulté des liaisons de longue distance ont favorisé l'autonomisation des sociétés locales et retardé le développement des flux entre les régions.

  L'occupation du territoire

Un peuplement en archipel

Les civilisations précolombiennes, plutôt indépendantes les unes des autres, relevaient de trois familles ethno-linguistiques : les Karibes sur la côte atlantique et son arrière-pays ; les Arawaks – petits groupes épars proches de l'autarcie – dans les Llanos et en Amazonie ; et les Chibchas, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, la cordillère orientale et le sud de la cordillère centrale. Les principales concentrations de population occupaient la zone caraïbe, basse vallée du Magdalena incluse, la cordillère orientale – aire la plus peuplée (civilisation Muisca) à l'arrivée des Espagnols – et, secondairement, la vallée du Cauca.

Ces divisions se maintiennent et se renforcent durant la période coloniale. Les conquérants occupent les aires les plus denses sur la côte caraïbe, le long des fleuves navigables vers l'intérieur et dans les zones de montagne moins exposées aux maladies tropicales. Les plus anciennes fondations ont obéi à une volonté de contrôle : portes du territoire (ports atlantiques, villes des Andes méridionales) ; centres administratifs andins (Bogotá, Popayán) ; points de rupture de charge ou relais sur les voies de pénétration et/ou de communication (ports fluviaux, postes du piémont andin ou sur le chemin du Pérou) ; enclaves minières de l'or (nord de l'Antioquia, forêt de la côte pacifique) et de l'émeraude (corne ouest du Boyacá). Dans ce réseau de fondations aux liens ténus, chaque centre contrôlait un secteur d'influence très circonscrit.

Les foyers les plus densément peuplés de l'actuelle Colombie, la partie centrale de la cordillère orientale, la cordillère centrale, le littoral central des Caraïbes et les hautes terres des Andes méridionales, se sont développés au xixe siècle, en lien avec les opportunités économiques et l'attraction des plus grandes villes (Bogotá, Medellín, Barranquilla, Cali) ou de certains chefs-lieux administratifs (le chapelet des villes ordonnées le long de la moyenne vallée du Cauca, Bucaramanga au nord-est, ou encore Popayán et Pasto au sud-ouest). Dans le même temps, à l'image de la poussée pionnière, partie de l'Antioquia vers ce qui deviendra l'axe caféier, des « vides » furent l'objet de colonisation en ordre dispersé. Les fronts pionniers les plus récents avancent, depuis les années 1950, dans les bassins de l'Orénoque et de l'Amazone.

Les logiques d'occupation fragmentée du territoire concentrent la population en foyers disjoints autour des centres majeurs, distribués en bandes parallèles aux cordillères dans le massif andin, ou bien, dans des zones rurales denses, le long de corridors d'activités et d'urbanisation intense. Ce processus de concentration et de hiérarchisation du territoire résulte aussi de la mise en place concomitante et partielle du réseau routier.

Des communications entérinant divisions et hiérarchie nationales

De cette occupation morcelée du territoire a découlé une logique régionale où chaque ville commande son environnement (proche ou éloigné) et cherche à se connecter aux axes du commerce interne et vers l'étranger. Après l'indépendance du pays (1830), les rivalités entre régions ont retardé la construction des routes au niveau national. Le seul accord concernait la liaison de chaque ville andine avec l'extérieur. Le Magdalena offrait alors le plus court chemin vers le nord et les ports de l'Atlantique. Aujourd'hui fluvial et ferroviaire, et surtout routier, le transport se fait selon trois itinéraires principaux, parallèles et longitudinaux : l'axe du Magdalena, qui a progressivement perdu son monopole ; l'axe oriental qui, par Bucaramanga, unit Bogotá et Santa Marta ; l'axe occidental qui relie Carthagène, Medellín, Cali et la frontière équatorienne. Deux axes transversaux ne suffisent pas à rééquilibrer ce dispositif : l'un traverse le triangle formé par les aires métropolitaines de Bogotá (8,6 millions d'habitants, en 2009, sur 18 communes), Medellín (3,5 millions) et Cali (2,7 millions). L'autre, au nord, raccorde les villes caraïbes de la frontière vénézuélienne (Maicao) jusqu'à Sincelejo et Montería, en passant par les ports de Santa Marta (441 000 habitants en 2009) Barranquilla (1,8 million) et Carthagène (1,1 million).

Ce maillage routier, très lâche, renforce les nœuds et couloirs principaux entre lesquels de vastes parties du territoire restent à intégrer à la nation ; certaines sont au cœur même du pays, comme la vallée moyenne du Magdalena (front de colonisation agraire), à l'écart de l'axe majeur entre les Andes orientales et la côte (goudronné en totalité seulement à la fin des années 1960). L'état des routes, dont 90 p. 100 sont des pistes, est de fait un mal chronique. La moitié est du pays est totalement oubliée. Sur la côte pacifique, la forêt n'est percée que par deux axes goudronnés, vers les deux ports de Tumaco et Buenaventura ; et Quibdo, dans le Chocó, est à quatorze heures de Medellín alors qu'elle n'en est qu'à 150 kilomètres. Dans son ensemble, le réseau de transport terrestre non seulement pallie mal l'inégal développement sur le territoire mais il en accentue les partitions. Ainsi, peu de ponts franchissent le Magdalena qui continue à scinder en deux la Colombie andine. Quant au transport aérien et aux télécommunications, ils ont permis de faire face au défi des discontinuités et des coupures du territoire. Le premier dispose de plusieurs grands aéroports et d'un semis assez régulier de petits aéroports – pas toujours légaux –, disséminés jusque dans des lieux reculés. Il joue un rôle important dans les relations interurbaines (environ 20 p. 100 des passagers et du fret). Utile au désenclavement des régions les moins accessibles, il accentue cependant le centralisme des gros pôles et de la capitale.

  Une nation pluriethnique en pleine transition démographique

La croissance spectaculaire de la population

Jusqu'au début du xxe siècle, la population colombienne augmentait très faiblement, avec des taux d'accroissement annuels inférieurs à 1 p. 100, résultat d'une natalité et d'une mortalité élevées. Puis, en un siècle, le nombre d'habitants a été multiplié par dix et, fait rare, il a doublé en vingt-six ans (1938-1964). Avec 46,3 millions d'habitants en 2010, la Colombie est le troisième État latino-américain le plus peuplé. Le pays a entamé sa transition démographique à la fin des années 1930, la chute du taux de mortalité (presque de moitié entre 1940 et 1960) et une fécondité toujours élevée ayant engendré l'explosion démographique enregistrée au milieu des années 1960 (taux d'accroissement annuel supérieur à 3 p. 100). Avec la chute du taux de fécondité (de 7 à moins de 3 enfants par femme, en trente ans) et la baisse de la natalité, toujours en cours, le rythme de la croissance de la population se ralentit progressivement et, au milieu des années 1970, le taux d'accroissement retombe à moins de 2 p. 100 par an.

Deux grands changements structurels, liés au processus général de développement du pays à partir des années 1950, ont favorisé la dynamique démographique nationale : le rôle de la puissance publique (campagnes de santé préventives, amélioration du système éducatif, féminin notamment) ; une urbanisation rapide qui a rendu plus accessibles services, marchés de l'emploi et moyens de contrôle des naissances et de planification familiale. Grâce à la très nette amélioration des conditions sanitaires, l'espérance de vie est passée de 44 ans en 1938 à 74 ans au début du xxie siècle ; avec toutefois une surmortalité masculine, pour les 25-45 ans liée à la violence.

La transition démographique a été plus précoce dans les aires urbaines que dans les zones rurales où la fécondité a baissé une douzaine d'années plus tard, et elle a été plus rapide dans les classes sociales aisées (niveau d'éducation). Les inégalités démographiques sont ainsi manifestes entre régions, entre villes et campagnes, entre couches de population (taux de mortalité infantile deux fois plus élevé dans le Choco qu'à Bogotá ou sur la côte caraïbe).

Le « tournant ethnique » colombien

La population colombienne est fortement métissée entre des descendants des Indiens survivants de la conquête, des immigrants européens et des Africains importés par l'esclavage. Plus qu'ailleurs sur le continent, un consensus s'est imposé sur la reconnaissance du caractère multiculturel et pluriethnique de la population et la Colombie a inscrit, comme d'autres pays, le principe de la pluriethnicité dans sa Constitution (1991). Au-delà des déclarations d'intention, le texte colombien s'est traduit par l'application d'une politique foncière originale qui a confirmé ou élargi les réserves indiennes (resguardos, 26 p. 100 du pays) et qui a institué, pour certaines communautés noires, un nouveau droit sur des territoires collectifs. L'appartenance ethnique est également prise en compte dans les recensements de population : une partie de la population se reconnaissait indienne (3,4 p. 100) et d'ascendance africaine (10,6 p. 100) au recensement de 2005, doublant ainsi les chiffres habituellement admis. La Colombie est l'une des premières nations noires d'Amérique (4,3 millions de personnes). Si les Afrocolombiens ne se répartissent pas de manière uniforme sur le territoire, ils sont nombreux dans la région caraïbe où le métissage est accompli ; ils se concentrent surtout sur le littoral pacifique et à Cali, et également dans la vallée moyenne du Cauca, où se trouvent les anciennes plantations sucrières esclavagistes. Les principaux groupes indiens vivent au sud des cordillères centrale et occidentale où la population rurale est dense ; dans les savanes lointaines de l'est, les périphéries forestières (amazonienne et pacifique) ou arides (nord de la Guajira), le poids des Indiens est important (plus des deux tiers de la population locale). Ils ne sont pourtant pas très nombreux du fait de la faible densité dans ces régions (moins de deux habitants au kilomètre carré).

  L'économie : entre système-monde et subsistance

Cycles économiques et concentration des activités

Un relatif isolement et le développement de centres autonomes ont marqué l'histoire économique nationale. Après la fièvre de la conquête pour l'or et l'argent (xvie et xviie siècles), dont l'exploitation continue modestement, puis celle des émeraudes (de 60 à 90 p. 100 des émeraudes extraites dans le monde sont colombiennes, selon les années), le pays a fourni le marché international en tabac ou quinquina notamment (depuis le xviiie jusqu'au milieu du xixe siècle). Les cycles, souvent éphémères, les faibles quantités exportées, et le marché intérieur réduit, ont longtemps freiné le décollage industriel du pays. À la fin du xixe siècle, la culture et l'exportation du café permet une insertion durable dans le système économique mondial ; la Colombie est toujours l’un des plus grands producteurs mondial au début du xxie siècle, malgré une forte récession à la fin des années 1990. L'industrialisation par substitution des importations (industrie légère : textile, biens de consommation, etc.) se développe à partir des années 1940 puis, dans le cadre d'un transfert de technologies étrangères, les politiques visent à nouveau l'exportation dans les années 1960 et 1970. Vite remis du choc pétrolier de 1973 et tirant la leçon des crises récurrentes du café, le pays a su diversifier son agro-industrie. L'ouverture économique des années 1990 se traduit par la levée des barrières douanières et l'entrée massive d'investissements étrangers. L'extraction minière ou d'hydrocarbures se développe dans le cadre d'un retour de la demande en produits primaires. Le pétrole est, au début du xxie siècle, la première exportation nationale (devant le café et le charbon) ; devenu essentiel pour le pays, surtout depuis la découverte de nouveaux gisements et l'exploration prometteuse dans les plaines orientales, il bénéficie d'une politique de libéralisation destinée à attirer encore plus les capitaux étrangers (6 des 10 plus grands groupes pétroliers mondiaux sont présents en Colombie). L'essentiel de la production de brut vient du piémont andin (au nord, dans l'Arauca et le Casanare ; et au sud, dans le Putumayo) ou de la vallée moyenne du Magdalena. La Colombie possédait les cinquièmes réserves les plus importantes du continent en 2004.

Face aux agricultures subventionnées des États riches, le pays s'est orienté, depuis le milieu des années 1980, vers des exportations non traditionnelles : fleurs, fruits et légumes tropicaux ou tempérés de contre-saison. Après une grave récession en 1997 et 1998, le taux de croissance s’est maintenu autour de 5 p. 100 par an jusqu’à la crise mondiale de 2008. Avec une base agricole et industrielle assez solide – 38 p. 100 des exportations sont des produits manufacturés (2004) – le pays est moins dépendant des aléas des cours mondiaux, bien que les dernières crises de l'industrie caféière ou sucrière (très demandeuses en main-d'œuvre) aient fortement fragilisé les petits producteurs familiaux et les salariés agricoles.

Les cycles successifs de développement économique n'ont pas modifié la forte concentration de la structure productive nationale, même le cycle du café n'y parvint pas, bien qu'il ait transformé le territoire jusque dans les années 1950 avec l'extension des surfaces cultivées, la création de voies ferrées, d'un port sur le Pacifique et le renforcement des villes contrôlant le commerce. Les foyers de production agro-exportatrice ou minière, moteurs de l'économie, sont certes disséminés sur tout le territoire, et le démarrage de l'industrie a été concomitant dans plusieurs villes du fait de la segmentation du marché intérieur. Mais leur attraction étant proportionnelle à leur taille, le pays ne dispose que d'un nombre limité de pôles urbains diversifiés : la capitale Bogotá, l'agglomération de Medellín, premier centre industriel colombien jusque vers 1950 et demeuré très actif (textile, secteur bancaire), Cali (ciment, papier, chimie), la vallée moyenne du Cauca (sucre, coton), l'axe caféier et la côte autour de Barranquilla dont l'activité portuaire et commerciale a encouragé la valorisation de l'hinterland caraïbe (élevage intensif, plantations bananières, agriculture). L'activité économique est moindre autour de Bucaramanga, et secondaire dans certains chefs-lieux départementaux (Tunja, Popayán, Pasto). La transformation des matières premières concerne surtout le complexe sidérurgique de Paz del Rio (Boyacá), proche d'une immense mine de fer et d'une mine de charbon dont la Colombie est le troisième exportateur mondial, et le raffinage pétrolier à Barrancabermeja, port fluvial sur le Magdalena.

La part des secteurs primaire et secondaire a constamment baissé depuis les années 1980, jusqu’à atteindre 9 et 14 p. 100 du P.I.B., respectivement, à la fin des années 2000. Le secteur tertiaire est ainsi largement majoritaire en Colombie (environ 70 p. 100 de la population active) ; il traduit le haut niveau d'urbanisation du pays.

Richesses et pauvreté à toutes les échelles

L'organisation de l'espace colombien oppose des zones anciennement occupées (villes et campagnes densément peuplées, andines ou caraïbes) à une moitié presque inhabitée, objet d'une colonisation agraire récente et désorganisée (plaines orientales, côte pacifique, fronts pionniers intérieurs). D'un côté, l'aire andine concentre la majorité des consommateurs et de la population active, l'essentiel des industries, des services et des institutions publiques et privées, et les trois premières métropoles nationales fournissent 55 p. 100 du P.I.B. De l'autre côté, les « nouvelles » terres des fronts pionniers sont défrichées par des petits colons migrants et pauvres qui subissent ensuite toujours la même injustice : sans protection de l'État et sans véritables titres de propriété, ils sont expulsés par des usuriers, des grands propriétaires éleveurs ou des groupes armés, et ils doivent recommencer leur vie plus loin, poussant sans cesse en avant la frontière agricole. L'écart est grand entre la floriculture de Bogotá qui profite des équipements de la capitale et de technologies de pointe pour exporter vers les États-Unis et l'Europe et concurrencer les Pays-Bas, et les aires de colonisation, investies par les guérillas, les paramilitaires et les narcotrafiquants qui s'imposent en contre-pouvoirs d'un État absent et où le commerce de la drogue et des armes est presque le seul lien direct avec l'extérieur. La culture de la coca est prédominante dans les Llanos et la forêt amazonienne où, malgré les campagnes de fumigation (Plan Colombia depuis 1999), les surfaces cultivées se maintiennent, voire augmentent, notamment depuis la création de nouvelles espèces cultivables à moins de 300 mètres d'altitude. Depuis les années 1990, la Colombie est également productrice d'opium (dans les Andes méridionales et l'axe caféier en crise dont les terrains sont propices à son exploitation).

Toutefois, les différences peuvent être plus subtiles et les échelles enchevêtrées. Ainsi, dans les périphéries orientales, globalement aux mains des groupes hors la loi et où l'omerta règne, les enclaves pétrolières sont, elles, protégées par l'État et constamment connectées aux circuits internationaux.

Parmi les populations indiennes, la relégation n'est pas perçue de la même manière dans les Andes méridionales où l'identité est revendiquée depuis plus d'un siècle, et à la lisière de la forêt amazonienne où le contact avec la modernité peut être rude et quelquefois suicidaire – c'est le cas des Nukak dont les jeunes hommes préfèrent mourir plutôt que d'accepter une acculturation qui semble inéluctable. Et il existe également une distinction sociale, dans les Andes indiennes où prédomine le minifundio traditionnel, entre les quelques producteurs intégrés aux réseaux du commerce équitable, le plus souvent par l'intermédiaire d'O.N.G. locales ou internationales, et les autres familles paysannes.

Dans ce jeu d'inégalités territoriales et sociales complexes, les connexions et les distances sont fondamentales. Ainsi, les familles paysannes cultivant la pomme de terre dans le Boyacá voient une amélioration de leur qualité de vie, grâce à la commercialisation de leurs produits sur l'axe routier oriental dont une branche se dirige au Venezuela.

L'éloignement n'explique cependant pas tout, domination et exclusion se jouent à grande échelle. Au pied même des bureaux des centres des grandes villes, les enfants des rues et les classes aisées se côtoient sans se voir ; les uns se cachent pour dormir de peur d'être exécutés par des escadrons de la mort, les autres rentrent dans les zones favorisées de la cité, souvent des quartiers fermés.

  Un pays de villes

L'expansion de l'armature urbaine

Depuis l'époque coloniale, l'organisation du territoire colombien a reposé sur un semis dense de bourgades (moins de 15 000 habitants) assez peu hiérarchisées. Seules Bogotá et Medellín dépassaient 40 000 habitants en 1905. Le mouvement d'urbanisation qui s'amorce dans les années 1930 constitue un véritable bouleversement. Il est intense et rapide (le poids respectif des citadins et des ruraux s'inverse entre 1950 et 1980), et concentré dans l'espace (en 2005, un Colombien sur trois vit dans une ville de plus d'un million d'habitants). Avec 75 p. 100 de population urbaine en 2009, la Colombie atteint les moyennes continentale et européenne. La transition démographique – la plus rapide d'Amérique latine – a, en effet, surtout profité aux villes, en particulier celles de plus de 100 000 habitants, qui concentrent les trois quarts de la population urbaine actuelle, et les villes entre 15 et 50 000 habitants, dont le nombre a été multiplié par six et dont le poids relatif est resté aux environs de 15 p. 100 de la population urbaine entre 1951 et 1993. Les villes moyennes (de 50 à 100 000 habitants), en revanche, assez peu nombreuses, foyers agro-industriels pas très dynamiques ou chefs-lieux de petits départements, gardent des taux de croissance faibles depuis les années 1950.

Les villes principales dans les années 1950 (une douzaine dépassaient 50 000 habitants) sont aujourd'hui au sommet du réseau urbain national et elles ont connu, même après le record historique des années 1950 et 1960 (6 p. 100 par an), des taux de croissance supérieurs à la moyenne colombienne. Le réseau national est ainsi très inégalement réparti, concentré dans deux régions densément urbanisées : la zone andine (en particulier le triangle Bogotá-Medellín-Cali) et la côte caraïbe.

Un réseau multipolaire dominé par sa capitale

Un pays compartimenté et un développement tardif du marché national ont favorisé la croissance simultanée de pôles régionaux autour des quatre plus grandes villes du pays : Bogotá, Medellín, Cali et Barranquilla. C'est une originalité en Amérique latine où les capitales sont, en général, omnipotentes et polarisent l'essentiel des migrations. Cette « quadricéphalie » n'émergea qu'à partir des années 1930 mais, dès le début des années 1970, la suprématie et les écarts dans la hiérarchie urbaine sont fixés : les quatre métropoles millionnaires (avec, toutefois, un écart qui se creuse entre Bogotá et les trois autres), puis le groupe des grandes villes et, enfin, la multitude des villes petites et moyennes.

L'évolution différenciée du système urbain au cours de la seconde moitié du xxe siècle tient au mouvement naturel, globalement favorable à l'ensemble des villes, et au solde migratoire, déterminant dans l'essor des plus grandes d'entre elles. À partir des années 1950, en effet, la Colombie a connu un vaste processus d'exode rural, sans précédent entre 1964 et 1973, où plus de 250 000 personnes ont migré chaque année. Aux causes économiques s'ajoute le conflit interne qu'a connu le pays entre 1948 et 1964 (la Violencia), essentiellement dans les campagnes. Les quatre pôles régionaux ont été les destinations principales (ils ont absorbé 40 p. 100 des flux migratoires entre 1964 et 1973). En plus de l'apport de populations nouvelles, l'exode d'une population jeune et plutôt féminine a joué un rôle indirect important dans l'accroissement naturel des villes, phénomène qui prend le pas sur les migrations dans la dynamique de croissance urbaine.

À partir du milieu des années 1970, l'intensité et la direction des mouvements de population changent, d'autant qu'au cours des années 1980 les migrations interurbaines se développent. Les nouveaux pôles attractifs sont les périphéries métropolitaines, car la croissance des villes-centres se fait désormais au-delà de leurs limites administratives, ou les villes intermédiaires (entre 100 et 250 000 habitants), frontalières ou portuaires, les villes situées dans des aires d'intensification agricole (axe caféier, fronts de colonisation), les villes pétrolières ou minières.

Le poids de Bogotá s'affirme peu à peu, la capitale rassemble 16 p. 100 de la population colombienne en 2009, au lieu de 12 p. 100 en 1973. La primauté est plus manifeste d'un point de vue économique : en 2003, la capitale concentrait 56 p. 100 des 10 000 plus grosses entreprises du pays (contre 13 p. 100 dans la région de Medellín, 11 p. 100 à Cali, 6 p. 100 à Barranquilla), et captait 70 p. 100 des transactions du secteur financier national. La diversification des flux migratoires et la polarisation de Bogotá atténuent ainsi la segmentation actuelle du territoire colombien. La configuration générale de l'espace n'est, cependant, pas remise en cause : Bogotá, dont le bassin migratoire empiète largement au-delà de ses départements limitrophes est à la tête du réseau national ; Medellín est singulière pour n'attirer que des migrants de son département ; Cali draine tout le sud-ouest colombien, et Barranquilla accueille, de façon plus éclatée, la population de la côte caraïbe.

Ainsi, malgré les mutations à l'œuvre aujourd'hui, les inégalités territoriales, sociales et économiques risquent de perdurer dans un pays où, par ailleurs, l'iniquité est criante. En 2003, 6 p. 100 des entreprises colombiennes concentraient 43 p. 100 de l'emploi et 55 p. 100 de la production manufacturière. En 1988, les deux tiers des terres agricoles et agropastorales appartenaient à moins de 2 p. 100 des propriétaires. Depuis lors s'est opérée à l'échelle nationale une véritable contre-réforme agraire (dans un pays qui n'a jamais connu de réforme agraire) due à un achat massif de terres par les narcotrafiquants, les plus vastes domaines (voués à l'élevage extensif) se situant dans les aires de colonisation. Des zones moins périphériques (zone de palmeraies de la côte pacifique, région bananière d'Uraba) sont également concernées, depuis le début du xxie siècle, par ce phénomène de concentration des terres grâce à l'appui des paramilitaires envers les grands propriétaires fonciers. Les limites entre conflits politiques et intérêts privés sont de plus en plus floues. La violence endémique engendre des déplacements forcés de population, facilitant d'autant plus la spéculation foncière dans les zones délaissées par les habitants. Le problème de ces déplacés (desplazados), 3,8 millions depuis 1985, constitue, du reste, la conséquence la plus grave de cette violence tant par la brutalité et la profondeur des ruptures provoquées que par l'ampleur du phénomène.

Olivier PISSOAT

2.  Histoire de la Colombie

  Des Chibchas à Bolívar

Les chroniqueurs de la conquête espagnole en Colombie font uniquement mention des peuplades chibchas, qui occupaient la haute savane où a été fondée Santa Fe de Bogotá. Mais les vestiges d'autres civilisations précolombiennes ont été aussi mis au jour, en particulier dans la région de San Agustín (département de Huila). La civilisation de San Agustín est attestée par des statues et des temples, qui rappellent les temples druidiques. Le musée de l'Or de Bogotá, situé dans les caves de la Banque de la République, a réuni d'étonnantes parures en métal précieux, stylisées par les Indiens de la période encore mal connue ayant précédé la Conquête.

Jiménez de Quesada, parti de Santa Marta, sur la côte caraïbe, en 1536, est le premier représentant de l'autorité royale espagnole en Nouvelle-Grenade. À cette autorité succède pour quelque temps un tribunal dit de real audiencia, puis une « présidence » qui répartit les terres entre les commerçants, les nobles, les militaires et le clergé, et jette les bases d'une société coloniale que ne modifiera pas la création de la vice-royauté en 1719. Mais le développement économique de la colonie suscite entre créoles et Espagnols des antagonismes qui annoncent la révolte dite des comuneros ; c'est le signe précurseur des guerres d'indépendance.

Le 16 mars 1781, une petite armée de terriens et de citadins, pauvrement équipés, quitte Socorro (situé au nord du pays) pour Bogotá, afin d'y présenter ses cahiers de revendications. Le compromis, signé par l'archevêque sous le nom de capitulación de Zipaquira et admettant « l'exercice du pouvoir par les nationaux américains », n'est pas reconnu par le vice-roi. Les chefs comuneros sont fusillés.

En juillet 1810, à la faveur de l'accession au trône espagnol de Joseph Bonaparte, une junte de gouvernement est formée à Bogotá, sous la présidence du jurisconsulte Camilo Torres, auteur du Mémorial des griefs, sévère condamnation de la colonisation espagnole en Amérique. Le 20 juillet 1810, une junte suprême est constituée et sa première décision est de proclamer l'exclusion des Espagnols du gouvernement de Nouvelle-Grenade. Antonio Nariño, précurseur de l'indépendance, emprisonné depuis 1794, participe à ce mouvement et sera nommé par Bolívar, en 1821, vice-président de la Grande-Colombie. En 1813, Nariño proclame la rupture totale avec l'Espagne. La réaction du gouvernement de Madrid est brutale. Quinze mille hommes et soixante-sept navires mettent le siège devant Cartagena, qui résiste trois mois. La répression est sévère : des centaines de personnes, dont Camilo Torres, sont exécutées. L'année 1819 est décisive : Simón Bolívar, qui préside alors un gouvernement révolutionnaire au Venezuela, franchit la Cordillère orientale, bouscule les avant-postes espagnols à Tunja le 5 août, et met en déroute l'armée du général Barreiro, au pont de Boyacá. Simón Bolívar, le « Libertador », secondé par Santander, fait son entrée triomphale à Bogotá, le 10 août 1819. Le 17 septembre de la même année, le congrès d'Angostura, au Venezuela, proclame sous le nom de République de Colombie l'union des territoires de la capitainerie générale du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade. Bolívar est élu président et chef suprême de l'armée.Simon Bolivar

Simon Bolivar Photographie

Simon Bolivar Le chef révolutionnaire sud-américain Simon Bolivar (1783-1830). Lors des combats pour la libération du Venezuela, en 1813, il reçoit le titre de Libertador

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Cette union, à laquelle l'Équateur sera associé en 1822, ne peut être maintenue. Bolívar, soupçonné de visées dictatoriales par ses lieutenants et ses alliés, échoue dans ses projets grandioses de création des États-Unis d'Amérique du Sud. Après sa mort, en 1830, la dislocation de la Grande-Colombie aboutit à la renaissance d'une république dans les limites de la Nouvelle-Grenade coloniale. Le général Santander en est nommé président en 1832. Jusqu'à la fin du siècle, la Constitution et les institutions de la Colombie seront modifiées en fonction des pressions, pacifiques ou belliqueuses, des deux grands partis, libéral et conservateur, qui occupent alternativement le pouvoir. La Constitution fédérale de 1863 est remplacée par la Constitution de 1886, de caractère unitaire.

  La sécession de Panamá

La seconde moitié du xixe siècle est marquée par une succession de guerres civiles, plus ou moins généralisées. C'est au lendemain de l'un de ces affrontements fratricides que l'« affaire de Panamá » frappe la jeune république colombienne.

Des mouvements séditieux ont éclaté, en juillet 1899, dans le département de Santander, puis dans le Cundimarca. Les troubles se sont étendus à tout le pays, et le coup d'État de juillet 1900, qui permet aux conservateurs de reprendre le pouvoir, ne calme pas les passions. La guerre civile, préfigurant celle de 1948 à 1953, fait près de 100 000 morts. Une paix fragile à peine restaurée, un mouvement séditieux éclate à Panamá, le 3 novembre 1903. Le gouvernement colombien dépêche immédiatement des forces armées vers l'isthme, mais le gouvernement des États-Unis, présidé par Theodore Roosevelt, s'empresse de reconnaître la nouvelle République de Panamá et fait savoir qu'il ne tolérera pas une intervention de la Colombie. Cette dernière s'incline, mais les relations entre les deux États resteront troublées par cet épisode jusqu'en avril 1914. Par un traité signé en 1922, les États-Unis s'engagent à payer une indemnité de 25 millions de dollars à la Colombie et promettent des avantages particuliers à ses ressortissants.

De 1903 à 1948, la vie intérieure du pays est relativement peu troublée, bien que la crise économique des années trente y ait, comme dans le reste de l'Amérique latine, des conséquences catastrophiques. Un conflit avec le Pérou est heureusement surmonté en 1934. De 1934 à 1942, la présidence est exercée par Eduardo Santos, directeur de journal, membre du Parti libéral. Alfonso López, libéral, élu pour la seconde fois, lui succède en 1942 et démissionne en juillet 1945 ; Alberto Lleras Camargo achève le mandat. C'est alors un conservateur, Mariano Ospina Pérez, qui s'installe à la présidence en 1946.

  Le « bogotazo » et la Violencia

Le 9 avril 1948, alors que la conférence panaméricaine est réunie dans la capitale colombienne, le leader libéral Jorge Eliécer Gaitán est assassiné. Les résultats d'une enquête de Scotland Yard sur le meurtre n'ont jamais été publiés, mais les Colombiens accusent les communistes (les relations diplomatiques avec l'U.R.S.S. seront rompues jusqu'en 1968) et les leaders du Parti vénézuélien d'action démocratique. L'assassinat de Gaitán, dont la popularité était considérable, déclenche une émeute sanglante que les forces armées mettent trois jours à réprimer. Le centre de la capitale est mis à sac et l'insurrection, dirigée essentiellement contre les conservateurs sans être contrôlée par les libéraux, s'étend à l'ensemble du pays. On compte plusieurs milliers de victimes et la répression n'est pas moins sévère que dans la capitale. Le terme bogotazo est resté synonyme d'explosion populaire incontrôlée, et celui de la Violencia correspond à la guerre civile qui s'ensuivit (1948-1956).

Le 10 avril, le président Ospina Pérez demande aux dirigeants libéraux de contribuer au rétablissement de l'ordre et forme un nouveau gouvernement d'union nationale. Mais le bogotazo est le point de départ d'une exceptionnelle période de violence, qui s'aggrave encore après la campagne électorale particulièrement agitée de juin 1949. L'opposition libérale, qui l'a emporté et dispose de la majorité au Congrès, demande la mise en accusation, par le Sénat, du président Ospina Pérez. Ce dernier dissout les chambres et proclame l'état de siège. Les libéraux ayant décidé de boycotter l'élection présidentielle de 1950, le candidat conservateur, le docteur Laureano Gómez, est élu à une écrasante majorité. Les dissensions au sein de partis traditionnels dont les leaders sont en désaccord sur la tactique à adopter (les libéraux, en particulier, hésitent entre la coopération avec le gouvernement et l'opposition totale), le renforcement du Parti communiste qui prétend pouvoir compter sur 25 000 militants et s'identifie avec le mouvement « gaitaniste », la méthode adoptée par le président Laureano Gómez, qui délègue ses pouvoirs, pour raison de santé, au docteur Urdaneta Arbeláez, sont autant de facteurs qui favorisent le déferlement de la violence.

Les grands propriétaires terriens organisent des milices armées, l'Église est prise à partie, des milliers de paysans sont assassinés, des bandes armées se réclamant des libéraux ou des conservateurs, ou échappant à tout contrôle, s'affrontent dans les provinces. En septembre 1952, les journaux du Parti libéral sont mis à sac dans la capitale par des émeutiers, ainsi que les domiciles de deux des principaux dirigeants, Alfonso López et Carlos Lleras Restrepo, qui se réfugient dans une ambassade.

La désorganisation provoquée par la dictature de fait de Laureano Gómez est telle que le coup d'État dirigé par le général Rojas Pinilla, commandant en chef de l'armée, est salué avec satisfaction par une bonne partie de l'opinion. Le coup d'État du 13 juin 1953 marque pourtant l'intervention directe des forces armées dans la vie publique. Le général Rojas Pinilla promet la fin de la Violencia, qui a fait en cinq ans près de 300 000 morts, et offre l'amnistie aux guérilleros.

Le nouveau président réussit effectivement en quelques mois une opération de pacification relative. Des bandoleros déposent les armes. Des émigrés rentrent. L'administration centrale reconquiert le contrôle de régions qui étaient devenues autonomes de fait. La guerre civile est pratiquement terminée, malgré les réticences de certains dirigeants libéraux déçus et l'agitation entretenue, notamment dans le bas clergé, par les partisans de Laureano Gómez. Mais la violence continue.

La moitié au moins des guérilleros de 1952 restent en armes. Des zones rurales, notamment dans le Tolima, sont contrôlées par des leaders paysans, organisés en autodéfense sur les conseils des dirigeants communistes. Les exactions des possédants et les règlements de comptes se poursuivent. La nomination par le gouvernement Rojas Pinilla d'un militaire, le colonel Agudelo, à la tête de l'Université est, en 1954, le premier signe de durcissement du régime et de la marche au césarisme. Le général crée un parti « chrétien et bolivarien », qui se veut « troisième force ». Il encourage sa fille, Marie-Eugénie, à imiter l'exemple donné par Eva Perón en Argentine. Il gouverne par décrets et suspend le Congrès. Il réalise, à partir de 1956, l'unanimité contre lui des principaux dirigeants libéraux et conservateurs. Ces derniers ébauchent un Front national, qui vient au pouvoir en 1957, après que les chefs de l'armée eurent demandé au général Rojas Pinilla de prendre le chemin de l'exil en Espagne.

Marcel NIEDERGANG

3.   La Colombie après la Violencia

Depuis la chute du dictateur Gustavo Rojas Pinilla, ni l'État ni la société, fortement déstabilisés par la guerre civile du milieu du xxe siècle, ne parviennent à rétablir durablement l'ordre autour de valeurs partagées. Ce constat repose, d'une part, sur la rapidité et la brutalité des évolutions sociales, le pays passant d'une économie rurale traditionnelle à une société urbanisée, orientée vers les activités tertiaires, et, d'autre part, sur la faiblesse des institutions publiques pour accomplir leurs tâches régaliennes et leurs fonctions de redistribution. Paramilitaires, autodéfenses, guérillas, « narcos » et criminels de droit commun ont commencé à prospérer dans les années 1970 pour mener, aujourd'hui, une véritable guerre à la société colombienne.

  Le Front national, une solution politique à la Violencia

L'accord signé le 24 juillet 1956, à Benidorm (Espagne), entre les libéraux et les conservateurs pour mettre fin au conflit partisan de la Violencia était paradoxal. En effet, le rétablissement de l'État de droit se fit au prix d'un compromis qui niait la souveraineté populaire. Il fut convenu qu'un président conservateur succéderait à un président libéral durant quatre mandatures (1958-1974). Les deux partis devaient simplement se mettre d'accord sur la personne « désignée », candidat unique qui serait ensuite présenté aux suffrages du peuple, lequel n'aurait d'autre choix que d'accepter le fait accompli. Chaque parti contrôlerait, en outre, la moitié des postes dans les administrations publiques, chaque gouvernement comporterait des membres des deux camps. Ce système, baptisé Front national (F.N.), inaugurait une longue période de cogestion partisane après des années de guerre civile entre libéraux et conservateurs.

Épuisée par la guerre, la population accepta ce compromis, avec une majorité écrasante (95,2 p. 100), lors du référendum du 1er décembre 1957. Malgré les pronostics pessimistes, le principe de l'alternance fonctionna : aux libéraux Alberto Lleras Camargo (1958-1962) et Carlos Lleras Restrepo (1966-1970) succédèrent respectivement les conservateurs Guillermo León Valencia (1962-1966) et Misael Pastrana Borrero (1970-1974). Le succès provisoire de cette « démocratie restreinte » (expression du sociologue Daniel Pécaut) fut de garantir une paix relative dans le pays. Vers le milieu des années 1960, les dynamiques de la Violencia s'épuisaient. Le F.N. opéra, en ce sens, une synthèse des valeurs de la République libérale (1930-1946) et de celles de l'ordre conservateur (1948-1956) en favorisant la dépolitisation de la société. La promotion d'un gouvernement de technocrates devait neutraliser les passions politiques. Mais c'est surtout la modernisation urbaine et industrielle du pays qui permit de remettre en question les traditions marquées par l'autoritarisme et l'intolérance.

  Du monde agraire à la prédominance urbaine

Le F.N. renforça un type d'autorité fondé sur le patronage et la cooptation clientéliste des secteurs populaires. Ces réseaux de pouvoir, souvent appuyés sur les liens familiaux, organisaient la sphère économique, notamment au sein des corporations patronales (Association nationale des chefs d'entreprise de Colombie, Association bancaire et d'organismes financiers de Colombie, etc.). Parallèlement, le développement de l'administration permit la lente modernisation de la puissance publique, toutefois largement instrumentalisée par les clans, qui accompagna les progrès de l'économie.

L'économie resta fondée sur l'agriculture, et notamment sur la production de café qui représentait encore 60 p. 100 des exportations au début des années 1970 (93 p. 100 dans la seconde moitié des années 1950). Les régions centrales de l'axe caféier, allant de l'Antioquia au Valle del Cauca (du centre-ouest au sud-ouest), rationalisèrent la culture du grain sous l'égide de Colcafé (Industria colombiana de café), tandis que Fedecafe (Federación nacional de cafeteros de Colombia), association à but non lucratif pour le développement de la culture du café, coordonna la politique caféière dans le pays et régula le marché, assurant aux cultivateurs un prix d'achat garanti. Au cours des années 1950, la mécanisation, l'emploi de semences améliorées et d'engrais industriels permirent de développer d'autres productions, notamment le riz dans les régions du Huila et du Tolima (centre du pays), la canne à sucre du Valle del Cauca et du Cauca, les fleurs du plateau de Bogotá, ou encore la banane cultivée à Santa Marta (Magdalena) et dans la région du golfe de l'Urabá (proche du Panamá). La modernisation fut souvent le fait de jeunes entrepreneurs apparus dans le contexte troublé de la Violencia. À l'image des grandes firmes internationales présentes dans le pays (United Fruit Company notamment), ceux-ci cherchèrent à insérer de nouveaux secteurs de l'agriculture dans les échanges mondiaux. Mais ces réussites laissèrent de côté les marges territoriales tenues par les guérillas (Caquetá, Meta, Magdalena, entre autres). Parallèlement, la production agricole passa sous le contrôle des moyens et des grands propriétaires, au détriment des petits producteurs. Le problème de la répartition très inégale des terres – 1,4 p. 100 des propriétaires possèdent 45 p. 100 des surfaces – émergea alors dans le débat public, sous la présidence du libéral Alberto Lleras Camargo. Après une première tentative en 1946, un Institut national pour la réforme agraire (I.N.C.O.R.A.) fut créé en 1961. Celui-ci devait distribuer les terres vacantes ou laissées en friches dans les grands domaines. Mais, touchant trop d'intérêts, la réforme fut ralentie sous la présidence du conservateur León Valencia. Depuis sa création, l'I.N.C.O.R.A. n'a redistribué qu'un million et demi d'hectares, sans résoudre les graves problèmes agraires du pays.

L'augmentation de la productivité agricole et la violence endémique dans certaines régions comme le Tolima eurent notamment pour conséquence un exode rural massif. Les habitants des campagnes, ruinés et spoliés, trouvèrent à la fois protection et misère dans les bidonvilles de la capitale et des villes qui se développaient d'autant plus vite que la population du pays augmentait à un rythme explosif (3 p. 100 par an). Le nombre total d'habitants passa de 12 millions en 1950 à 21,3 millions en 1970, puis à 27 millions dix ans plus tard. En une génération, la population, majoritairement rurale (57,3 p. 100 en 1950), devint urbaine (67 p. 100 en 1980). La croissance démographique profita surtout aux quatre grandes métropoles (Bogotá, Medellín, Cali et Barranquilla), dont la population flottante, c'est-à-dire celle des bidonvilles, sut négocier l'institutionnalisation des nouveaux quartiers, notamment à travers les Juntes d'action communale (J.A.C., organisations civiques, sociales et communautaires reconnues par l'État). Le déclin relatif de la société rurale, l'urbanisation et l'industrialisation permirent l'affirmation d'une population ouvrière et de classes moyennes dans les villes, et favorisèrent l'apparition de nouveaux syndicats, plus indépendants des deux grands partis que les syndicats ouvriers. Parallèlement, le droit du travail s'étoffa. Malgré l'émergence d'une classe moyenne urbaine, composée de travailleurs informels, de vieilles familles aristocrates en déclin et de bénéficiaires du boom économique des années 1960-1970, de profondes inégalités sociales persistèrent. L'essor urbain éroda les liens sociopolitiques traditionnels, personnalisés et hiérarchiques. Le recul de l'analphabétisme et la sécularisation de la vie sociale accélérèrent cette mutation culturelle.

Ces transformations sociales se produisirent dans le contexte d'une croissance économique soutenue. Menée sur un rythme annuel de 5 p. 100 entre 1950 et 1975, elle fut stimulée par l'essor industriel. La production manufacturière a été multipliée par sept entre 1944 et 1974. Les gouvernements du F.N. favorisèrent le développement industriel – à travers le modèle de l'industrialisation par substitution des importations – en appliquant de manière souple les recommandations interventionnistes de la C.E.P.A.L. (Commission économique pour l'Amérique latine, dépendant de l'O.N.U.). Pourtant, malgré l'adoption de plans quadriennaux à partir de 1971 et quelques tentatives volontaristes isolées, l'État n'abandonna jamais la politique de laisser-faire adoptée depuis la crise des années 1930. Cela n'empêcha pas l'accroissement de la part du secteur public dans la richesse nationale, notamment par le biais des services (eau potable, énergie, téléphone, chemin de fer, ports). En matière monétaire, les gouvernements du F.N. menèrent une politique orthodoxe, sous l'égide du Banco de la República et sous la pression des institutions financières internationales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (F.M.I.), et la Banque interaméricaine de développement (B.I.D.). Par ailleurs, dès les années 1960, les États-Unis jouèrent un rôle de premier plan dans l'investissement productif, notamment dans le cadre de l'Alliance pour le progrès (initiative pour une coopération économique interaméricaine mise en place en 1961), dont la Colombie devint la vitrine sud-américaine. Le refus des gouvernements suivants de s'endetter et de creuser le déficit public amortit la crise des années 1980.

  Du « démontage » du F.N. à l'assaut de l'État

L'année 1974 marque la fin du F.N., avec l'organisation des premières élections compétitives depuis la Violencia et la victoire du libéral Alfonso López Michelsen. Mais le F.N. laissait la cogestion partisane en héritage, empêchant l'émergence d'une opposition démocratique. Le parti libéral domina la vie politique : de 1974 à 2006, seuls deux conservateurs parvinrent à la présidence, Belisario Betancur en 1982 et Andrés Pastrana en 1998. Afin de peser dans le paysage électoral, le parti conservateur regagna le centre et, en même temps, se mua en parti opportuniste, cherchant à rallier les électeurs flottants autour d'idées fédératrices telles que la paix négociée avec les guérillas. Par ailleurs, les grands courants libéraux traditionnels durent partager le pouvoir avec des hommes politiques nouveaux, issus des classes moyennes provinciales, sans pour autant que cette ouverture politique n'efface les fondements antidémocratiques du régime. Privé de légitimité, l'État bipartisan dut affronter les grands défis des années 1980 : le développement du narcotrafic et des guérillas.

C'est durant la Violencia que se constituèrent les premiers maquis libéraux et les premiers groupes d'autodéfense paysanne, pour échapper à la répression conservatrice. Au cours des années 1950, ceux-ci s'organisèrent en petites républiques indépendantes, dans le centre et le sud de la Cordillère orientale (le páramo de Sumapaz, Tolima et Huila). En effet, le Parti communiste, créé en 1930 dans le sillage du Parti socialiste, avait, dès le début, défini une politique d'autodéfense paysanne. Il organisait les producteurs de café des régions de Cunday, Villarica et Iconenzo dans le Tolima, particulièrement touchés au cours de la Violencia (massacre en 1952, offensive militaire en 1955). Les paysans durent fuir vers les Llanos du Meta et le long des rivières Ariari et Guayabero, où ils formèrent les groupes d'autodéfense connus, à partir de 1964, comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie (F.A.R.C.). Ces rescapés de la Violencia évoluèrent vers l'idéologie marxiste sous la conduite d'un ancien guérillero libéral, Manuel Marulanda Vélez, dans le contexte de la guerre froide, à la suite de la révolution cubaine en 1959 et face aux échecs des nombreuses amnisties gouvernementales. La première amnistie fut décrétée en 1953 par le président Rojas Pinilla, conduisant notamment à la démobilisation des guérillas libérales dans les Llanos. Mais les assassinats perpétrés contre ces combattants démobilisés érodèrent la crédibilité des grâces officielles qui furent reçues avec de plus en plus de méfiance.

Cette conjoncture favorisa l'apparition d'autres guérillas qui n'étaient pas liées, comme les F.A.R.C., à l'histoire des guerres bipartisanes colombiennes. En 1962, des étudiants castristes fondèrent l'Armée de libération nationale (E.L.N.). La stratégie guévariste (fondée sur le foyer insurrectionnel créant les conditions de la lutte révolutionnaire) ne rencontra pas le succès escompté et la guérilla stagna pendant vingt ans. Influencés par la théologie de la libération, de nombreux membres de l'E.L.N. étaient issus des classes moyennes éduquées des villes. L'Armée populaire de libération (E.P.L.), maoïste, fut créée en 1967. Elle parvint à s'implanter dans le nord du pays, parmi les ouvriers des bananeraies de l'Urabá, jusqu'à sa démobilisation en 1991, dans le cadre d'une amnistie gouvernementale. D'autres groupes choisirent également la lutte armée : le Parti révolutionnaire des travailleurs, trotskiste, le Mouvement armé Quintín Lame, indigéniste, le Mouvement du 19 avril (M-19). Ce dernier était, au départ, une émanation de l'Alliance nationale populaire (Anapo), le parti de l'ex-dictateur Gustavo Rojas Pinilla, et visait la réforme sociale et le renforcement de l'État dans un style autoritaire et populiste, avant d'évoluer à gauche. Le réveil de ces groupes armés se produisit à la fin des années 1970, sous l'influence de la révolution sandiniste de 1979 au Nicaragua. La répression de l'administration libérale de Julio Cesar Turbay (1978-1982) durcit le conflit avec les guérillas qui s'étendit à de nouvelles régions. La politique de paix menée ensuite par le président conservateur Belisario Betancur (1982-1986) échoua face à l'intransigeance du M-19, qui occupa le palais de justice de Bogotá en novembre 1985. L'assaut du bâtiment par l'armée se solda par une centaine de morts, parmi lesquels la moitié des juges constitutionnels et de nombreux conseillers d'État.

Après une victoire écrasante (58,3 p. 100 des voix au second tour), à l'élection présidentielle, le libéral Virgilio Barco (1986-1990) put abandonner la dernière règle imposée par le F.N. sur la répartition bipartisane des portefeuilles ministériels. Sa présidence fut une sorte d'interrègne, marquée par la libéralisation de l'économie sous l'égide du F.M.I., par l'érosion du système politique et l'affaiblissement catastrophique de l'État. Le compartimentage du relief, l'isolement de vastes régions forestières, la difficulté des transports terrestres, l'existence d'une culture de la contrebande depuis l'époque coloniale facilitèrent, en outre, le développement du narcotrafic. Mais l'impuissance de l'État dans ses fonctions régaliennes demeure la raison principale de la prospérité des cartels, et notamment la défaillance du système judiciaire : une enquête officielle de 1992 estimait que 97 p. 100 des crimes graves (meurtres commis, pour la plupart, par la délinquance commune) étaient restés impunis. Mais surtout, la perte de contrôle du territoire national par l'État, liée à l'essor des guérillas, favorisa le développement des bandes criminelles et des trafics qui, à leur tour, affaiblissaient les autorités.

La production et la commercialisation des stupéfiants commença au début des années 1970 avec la marijuana cultivée sur la côte caraïbe (marimba). Aux succès du cannabis de Santa Marta succéda le triomphe de la cocaïne, dont les trafiquants colombiens parvinrent à contrôler la commercialisation à l'échelle internationale. L'héroïne vint ensuite s'ajouter à la liste à la fin des années 1980. Contrairement au cannabis, la feuille de coca fut d'abord cultivée hors des frontières, en Bolivie et au Pérou, jusqu'au milieu des années 1980. Le narcotrafic colombien contrôlait le raffinage, l'exportation et la commercialisation vers les marchés de consommation (États-Unis, Europe). Mais avec la surveillance accrue du transport aérien, la culture de la coca se développa en Colombie dans les années 1990. Dans le même temps, les narcotrafiquants formèrent des organisations fédératives ou « cartels », dont les plus célèbres furent ceux de Medellín, patronné par Pablo Escobar (jusqu'à sa mort en 1993), et de Cali, conduit par les frères Gilberto et Miguel Rodríguez Orejuela (jusqu'à leur arrestation en 1995).

Jusqu'à la fin des années 1970, les guérillas avaient refusé de participer au trafic, mais le développement de la culture locale de la coca se fit sur leurs territoires. Elles commencèrent par tolérer puis finirent par contrôler les plantations, en prélevant au passage un impôt révolutionnaire. Cette situation suscita des affrontements avec les narcotrafiquants (surnommés les « capitalistes parias » en Colombie), qui financèrent les premières organisations paramilitaires, comme Mort aux kidnappeurs apparu en 1981 et implanté dans diverses régions du pays. Les cartels se transformaient en acteurs sociopolitiques, à la recherche d'un rôle à jouer sur l'échiquier politique national. Cette participation s'orienta, sous l'influence de Pablo Escobar, vers une attaque frontale contre l'État. En 1984, il fit assassiner le ministre de la Justice Rodrigo Lara Bonilla pour obliger le gouvernement à abroger les lois d'extradition vers les États-Unis. Parallèlement, les narcotrafiquants investirent la vie publique, comme le « parrain » Carlos Lehder, fondateur du Movimiento latino nacional, un parti néo-fasciste. Surtout, les actes de terrorisme contre la population (bombes dans les centres commerciaux, attentats aveugles, etc.) se multiplièrent à l'approche des élections de 1990. L'assassinat, en 1989, du candidat à la présidence Luis Carlos Galán, ennemi du narcotrafic et porteur d'immenses espoirs, ainsi que celui de deux autres candidats marquèrent un point de non-retour.

  Constitution politique et ouverture économique

L'administration de César Gaviria (1990-1994), l'héritier politique de Galán au sein du Nouveau Libéralisme, fut marquée par la jeunesse de ses cadres et une volonté de changement. Trois orientations furent privilégiées : la mutation institutionnelle, l'ordre public et l'ouverture économique. Une Assemblée constituante fut élue en décembre 1990 pour amender la vieille charte de 1886. Mais elle excéda son mandat et, dans une atmosphère de réconciliation marquée par la participation politique des anciens guérilleros du M-19 réinsérés dans la vie civile, une nouvelle Constitution fut promulguée en 1991. L'idéal d'une démocratie participative était censé remédier à la conflictualité incontrôlée du pays. Le mode de suffrage fut ainsi modifié (les circonscriptions locales furent abandonnées au profit d'un scrutin régional ou national pour les députés et sénateurs respectivement) pour en finir avec les relations clientélistes de la vieille classe politique. La Constitution innova en permettant l'ouverture de la scène politique à la société civile et en octroyant la reconnaissance de nouveaux droits individuels et collectifs. Elle reconnut, par exemple, le caractère multiculturel de la nation en accordant une représentation dans les institutions politiques (Sénat, etc.) aux minorités noires et indiennes. Elle renforça la décentralisation et mit en place d'inédits mécanismes d'expression populaire (référendum, convocation du Parlement et surtout cabildo abierto, une réunion publique des conseils administratifs locaux dans laquelle les citoyens participent directement pour discuter des affaires communes).

Bien qu'elle ait représenté l'un des efforts les plus marquants de la lutte démocratique contre les guérillas et le narcotrafic, la nouvelle Constitution ne résolut ni les problèmes d'ordre public, ni la précarité de l'État. La démobilisation du M-19, de l'E.P.L. et du Quintín Lame ne s'étendit ni aux F.A.R.C. ni à l'E.L.N, et la négociation avec les cartels restait impossible. Après s'être rendu aux autorités en 1991, puis enfui de sa prison dorée l'année suivante, Pablo Escobar fut abattu par les forces antidrogues en 1993. Deux ans plus tard, le cartel de Cali sera démantelé par l'administration libérale d'Ernesto Samper (1994-1998)Ernesto Samper, 6 mars 1998, qui avait pourtant reçu le soutien financier dudit cartel pour mener sa campagne. Depuis lors, une multitude de petits groupes ont investi le narcotrafic, mais ils ne prétendent pas jouer de rôle de premier plan sur la scène politique. Guérillas et paramilitaires étendent leur mainmise dans ce domaine.

Ernesto Samper, 6 mars 1998 Photographie

Ernesto Samper, 6 mars 1998 Deux jours avant les élections législatives du 8 mars 1998 qui reconduiront sa majorité libérale, le président colombien Ernesto Samper inspecte une base militaire près de Caqueta. Il y encourage les troupes dans leur lutte contre les violences commises par la guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes. 

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Sur le plan économique, le gouvernement Gaviria avait impulsé une politique néo-libérale marquée par le « consensus de Washington » : fin du protectionnisme, dérégulation du marché du travail et des capitaux, orthodoxie budgétaire, privatisations, etc. Si les résultats économiques atteignirent des niveaux satisfaisants jusqu'en 1998, avec une croissance de 5 p. 100 par an entre 1990 et 1994 puis de 2,8 p. 100 entre 1995 et 1998, il en alla autrement sur le plan social ; environ 55 p. 100 des Colombiens vivaient au-dessous du seuil de pauvreté dans les années 1990. Mais la persistance de ces inégalités résultait aussi du conflit intérieur et des dépenses qui lui étaient liées (médicales, sécurité...) et qui représentaient chaque année près de 25 p. 100 du P.I.B.

Clément THIBAUD

  La « guerre contre la société »

Au cours des années 1999-2002, la Colombie a traversé l'une des pires crises économiques de son histoire avec une diminution de 3,8 p. 100 du P.I.B. en 1999. En 2003, le pays retrouve un taux de croissance de 4,12 p. 100. Cette crise a frappé les couches populaires exsangues, elle a affaibli la classe moyenne et contraint des centaines de milliers de personnes à émigrer. Les problèmes politiques ne furent pas étrangers à cette situation. La présidence Samper fut soupçonnée de collusion avec le narcotrafic. Élu pour son programme de retour à la paix, Andrés Pastrana (1998-2002) noue un dialogue avec les guérillas (notamment avec les F.A.R.C.), au cours duquel il accorde la démilitarisation d'une vaste région située dans les plaines du Caquetá et du Meta.Andrés Pastrana, 1998 L'échec de cette stratégie, lié notamment à l'absence de cessez-le-feu, permit à un outsider de tradition libérale, Àlvaro Uribe Vélez, d'accéder en 2002 à la présidence, face aux représentants des partis traditionnelsÁlvaro Uribe Vélez. Celui-ci a mené une politique fondée sur la lutte antiguérilla visant à l'éradication, qui l'a rendu populaire. En mai 2006, après avoir amendé la Constitution pour autoriser le renouvellement du mandat présidentiel, Uribe a été réélu dès le premier tour avec 62 p. 100 des voix. Ne pouvant briguer un troisième mandat, il a cependant dû céder la place à son dauphin Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense, qui est élu président en juin 2010. Sous son mandat, le Congrès vote, en 2011, une réforme agraire dans le cadre de la loi sur les victimes et les restitutions de terres qui reconnaît, pour la première fois, l'existence d'un « conflit armé » en Colombie. Par ailleurs, en 2012, le gouvernement et les F.A.R.C. entament des « conversations exploratoires » en vue de chercher la paix. Organisées sous le parrainage de la Norvège et de Cuba (où se déroulent les négociations), les discussions progressent. Elles aboutissent, en mai 2013, à un premier accord de principe sur la question agraire, accord d’autant plus important que ce point est à l’origine du conflit. L’accord envisage également des mesures de développement social. En novembre, un deuxième accord prévoit l’organisation de la participation politique de la guérilla, une fois que la paix sera conclue.

Andrés Pastrana, 1998 Photographie

Andrés Pastrana, 1998 Le nouveau président colombien Andrés Pastrana est élu en juin 1998. En cherchant à ouvrir des pourparlers avec tous les groupes armés du pays, Pastrana se donnera comme objectif le retour de la paix en Colombie. 

Crédits: PA Photos Consulter

Álvaro Uribe Vélez Photographie

Álvaro Uribe Vélez Outsider de tradition libérale, Álvaro Uribe Vélez accède en 2002 à la présidence de la Colombie. Réélu en 2006, il met un terme définitif au traditionnel bipartisme entre conservateurs et libéraux. Soupçonné de connivence avec des organisations paramilitaires d'extrême droite, il est malgré tout devenu populaire, notamment pour sa lutte sans merci contre les guérillas d'extrême gauche. 

Crédits: M. Bernetti/ AFP/ Getty Consulter

Deux tendances originales s'affirment au début du xxie siècle. Le système bipartisan, vieux de cent cinquante ans, semble avoir perdu son emprise électorale et sociale, notamment dans les grandes villes. Les déroutes électorales des conservateurs et des libéraux permettent l'émergence politique de représentants de la société civile (syndicalistes, universitaires comme Antanas Mockus, qui a été élu deux fois maire de Bogotá) ou de membres des partis de gauche (Gustavo Petro, le maire de Bogotá élu en 2011 est un ex-guérillero du M-19). Néanmoins, l'érosion de l'emprise des partis traditionnels sur la société ne s'accompagne pas de la mise en place de nouvelles formes d'organisation sociale.

Le conflit intérieur, sous une apparente continuité, s'est transformé en une « guerre contre la société » (Daniel Pécaut). Deux faits majeurs ont marqué l'évolution des acteurs armés. En premier lieu, il y a l'affirmation et la relative unification des groupes paramilitaires derrière la figure charismatique de Carlos Castaño (assassiné en 2004), leader des Autodéfenses unies de Colombie (A.U.C., créées en 1997). Forte de près de 10 000 hommes, cette confédération de milices locales, financée par les grands propriétaires terriens, réussit à contrôler de vastes territoires dans le Nord caraïbe et les Llanos. Les A.U.C. ont bénéficié de la complicité passive, voire dans certains cas de l'appui de l'armée colombienne, surtout dans les régions enclavées où la faiblesse des forces gouvernementales – 120 000 soldats sur tout le territoire en 2000 – empêche tout contrôle territorial. Depuis le début des années 2000, les militaires colombiens s'efforcent de respecter le droit humanitaire international sous la pression de Washington, dans le cadre du Plan Colombie, abandonnant à d'autres, de gré ou de force, la « guerre sale ». Leurs capacités de combat ont considérablement augmenté grâce au Plan Colombie, inauguré en 1999 par l'administration américaine de Bill Clinton. Destinés à l'origine à soutenir la « guerre contre les drogues », les subsides accordés par les États-Unis – près de 555 millions de dollars pour la répression et huit cents conseillers militaires, en 2004 – font de la Colombie le troisième pays au monde recevant le plus d'aides de la part de Washington.

En second lieu se trouve l'autonomisation des acteurs paramilitaires et des guérilleros. Grâce aux ressources tirées de l'extorsion de fonds, du kidnapping et du narcotrafic, les organisations armées sont désormais capables d'agir et de se développer sans le soutien des populations locales. Les F.A.R.C. ont ainsi doublé leurs effectifs entre 1995 et 2000, avant de s’affaiblir considérablement avec la politique répressive du président Uribe. Par ailleurs, l’abandon du travail politique et l'évolution dans la voie criminelle les ont rendues impopulaires – même si cette dérive touche davantage les paramilitaires. Associés au narcotrafic dans leur organisation même, ces derniers (notamment Autodefensas campesinas de Córdoba y Urabá [A.C.C.U.], Autodefensas campesinas de Casanare [A.C.C.], Bloque Metro à Medellín) consolident leur présence sur de vastes territoires en cooptant les élites locales et en pratiquant la terreur.

Cette autonomisation des groupes en armes a des effets catastrophiques sur les populations civiles. Prise sous les feux croisés des guérillas et des paramilitaires, la population rurale migre en masse vers les villes. La Colombie compterait en 2009 près de quatre millions de réfugiés (desplazados). Pourtant, la plupart des morts violentes ne sont le fait ni de la guérilla, ni des paramilitaires, mais de la criminalité ordinaire. La population colombienne dans son ensemble paie le prix fort d'une violence politique qui s'est diffusée au sein de la société. La lassitude générale s'est publiquement manifestée à de nombreuses reprises.

Clément THIBAUD
Universalis

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Écrit par :  Alain LABROUSSE

… *Avec Pablo Escobar, tué le 2 décembre 1993 par les forces anti-drogue colombiennes, disparaît, à quarante-quatre ans, celui qui symbolisait le pouvoir et la richesse des trafiquants de drogue. En Colombie, aux yeux des milliers de personnes qui suivirent son enterrement, il incarnait en outre la revanche des humbles et des métis sur les classes… Lire la suite
FONDATION DE LA GRANDE-COLOMBIE PAR BOLIVAR

Écrit par :  Olivier COMPAGNON

  *Proclamée par le Vénézuélien Simón Bolívar en septembre 1819 à Angostura, la République de Grande-Colombie est une invention politique qui découle des révolutions d'indépendance hispano-américaines du début du xixe siècle. Regroupant le Venezuela et la Colombie, puis l'Équateur (en 1822), cette entité… Lire la suite
GARCÍA MÁRQUEZ GABRIEL (1928-2014)

Écrit par :  Jean-Pierre RESSOT

Dans le chapitre "Naissance d'un mythe : Macondo"  : …  décadence d'autant plus fracassante qu'elle a été précédée d'une brève époque de prospérité. *Aracataca a connu en effet au début du xxe siècle une aventure extraordinaire : la « fièvre de la banane ». L'application des méthodes capitalistes à la culture bananière a provoqué dans cette société agricole féodale de… Lire la suite
GÓMEZ LAUREANO (1889-1965)

Écrit par :  Universalis

… Élu président de la *Colombie en 1950, Laureano Gómez, homme politique conservateur, est renversé en 1953 par une coalition de libéraux et de conservateurs qui le contraint à l'exil. Né le 20 février 1889 à Bogotá, Laureano Eleuterio Gómez Castro obtient son diplôme d'ingénieur en 1909 mais se lance dans la politique et le journalisme ; il occupe… Lire la suite
LLERAS RESTREPO CARLOS (1908-1994)

Écrit par :  Universalis

… Président de la* Colombie de 1966 à 1970. Né le 12 avril 1908 à Bogotá, Carlos Lleras Restrepo étudie le droit avant de se faire connaître sur la scène politique régionale et d'être nommé ministre des Finances en 1938 par le président Eduardo Santos. En 1941, il prend la direction du journal El Tiempo et devient le chef du Parti libéral. L'… Lire la suite
LÓPEZ MICHELSEN ALFONSO (1913-2007)

Écrit par :  Universalis

… Président de la* Colombie de 1974 à 1978. Né le 30 juin 1913 à Bogotá, Alfonso López Michelsen est le fils de l'ancien président Alfonso López Pumarejo (1934-1938 et 1942-1945). Après avoir étudié à Bogotá, à Paris, à Londres et à Bruxelles, López Michelsen poursuit des études de droit à l'université Georgetown de Washington et à l'université du… Lire la suite
MAGDALENA, fleuve

Écrit par :  Olivier DOLLFUS

… *Long de 1 500 kilomètres environ, le Magdalena est le plus grand fleuve de Colombie (bassin de 266 000 km2). Il naît sous le 2e degré de latitude nord, à moins de 3 000 mètres d'altitude, dans le lac de Santiago, à proximité du nœud de Pasto, là où se séparent les trois cordillères colombiennes (orientale, centrale et… Lire la suite
MARULANDA VÉLEZ MANUEL (1928 ou 1930-2008)

Écrit par :  Universalis

… Chef* historique de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (F.A.R.C.). De son vrai nom Pedro Antonio Marín, le plus vieux guérillero d'Amérique latine, d'origine paysanne, a passé plus d'un demi-siècle dans le maquis à lutter les armes à la main contre les pouvoirs en place. C'est en 1948, durant la guerre entre les conservateurs… Lire la suite
MEDELLÍN

Écrit par :  Olivier DOLLFUS

… *Ville de Colombie et chef-lieu du département d'Antioquia, Medellín (aire urbaine de 3,3 millions d'hab. en 2005) est située à 1 400 mètres d'altitude dans la vallée d'Aburra. Elle se trouve dans l'étage dit « tempéré » des Andes colombiennes. Medellín est devenu un des principaux centres industriels du pays malgré son relatif isolement. Enrichies… Lire la suite
MERCOSUR ou MERCOSUL (Marché commun du Sud)

Écrit par :  Liliana GALVEZ

…  Bolivie ont rejoint en 1996 l'organisation en tant que membres associés, puis le Pérou en 2003, la* Colombie et l'Équateur en 2004. Les mécanismes d'intégration prévus par le traité s'inspirent de ce que l'on appelle le « régionalisme ouvert ». Tous les efforts d'intégration de ces dernières années s'inscrivent dans cette nouvelle stratégie… Lire la suite
NARIÑO ANTONIO (1765-1823)

Écrit par :  Jean MEYER

… *Intellectuel républicain libéral qui est l'un des principaux instigateurs de l'indépendance en Colombie. Fils d'une riche famille créole de Bogotá, Nariño franchit les étapes classiques de la carrière de fonctionnaire. Il lit Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Mably et vibre à l'annonce de la Révolution française. En 1793, il traduit et publie la… Lire la suite
ORÉNOQUE

Écrit par :  Dieter BRUNNSCHWEILERWilliam M. DENEVANMercedes Fermín GÒMEZ

…  Il traverse ainsi le Venezuela et forme, sur une section, la frontière entre ce pays et la *Colombie. Le fleuve tire son nom d'une expression warao qui signifie « lieu où l'on peut pagayer ». Le bassin fluvial formé par l'Orénoque et ses affluents est bordé par les Andes à l'ouest et au nord, par le massif des Guyanes à l'est et par le… Lire la suite
PÁEZ, ethnie

Écrit par :  Agnès LEHUEN

… *Indiens des plateaux de Colombie, les Páez sont de langue chibcha. Pratiquant la culture traditionnelle de la patate, mais aussi celles du blé et du café, ils vivent dans des fermes familiales, chacune d'elles ayant ses propres terres attenantes ; les paysans cultivent en commun les champs qui se trouvent être la propriété de l'église consacrée au… Lire la suite
PANAMÁ

Écrit par :  David GARIBAYLucile MÉDINA-NICOLASAlain VIEILLARD-BARON

Dans le chapitre "Histoire"  : …  80 000 habitants, se déclarait « libre et indépendant du gouvernement espagnol » et, volontairement,* se rattachait à l'« État républicain de Colombie ». Parler de sentiment national à cette occasion serait sans doute hâtif, mais il est certain que la singulière position de l'isthme, relais du commerce entre l'Espagne et l'Amérique du Sud, l'« orgie… Lire la suite
PASTRANA ANDRÉS (1954- )

Écrit par :  Universalis

… Président de la* Colombie de 1998 à 2002. Né le 17 août 1954 à Bogotá, Andrés Pastrana Arango est le fils de Misael Pastrana Borrero qui fut président conservateur de la Colombie de 1970 à 1974. Il obtient une maîtrise de droit public au San Carlos College de Bogotá, puis étudie au Centre d'études des relations internationales à Harvard. Dans les… Lire la suite
PRÉCOLOMBIENS - Amérique du Sud

Écrit par :  Jean-François BOUCHARDAndré DELPUECHDanièle LAVALLÉEDominique LEGOUPILStéphen ROSTAIN Universalis

Dans le chapitre "La néolithisation et la période formative"  : …  Sur le littoral caraïbe de la *Colombie, des groupes côtiers inventèrent d'abord la poterie (vers 3500-3000 avant J.-C.) avant d'adopter beaucoup plus tard l'agriculture (vers 1000 avant J.-C.). La diversité des céramiques indiquerait des développements indépendants sur chacun des sites. Si certains chercheurs estiment que les premiers débuts de l'… Lire la suite
QUESADA GONZALO JIMÉNEZ DE (1509-1579)

Écrit par :  Universalis

… Grenade. Après huit mois de marche dans la forêt tropicale et de lutte contre les Indiens hostiles, *l'expédition parvient à pénétrer dans les plaines des llanos, au cœur de Colombie – territoire des Chibchas l'actuelle, groupe de tribus indiennes présentant un état de civilisation très avancé. Le chef des Chibchas, le Zipa, s'enfuit en voyant l'… Lire la suite
QUIMBAYA CULTURE

Écrit par :  Susana MONZON

… *Au sens strict le mot Quimbaya désigne une petite ethnie préhispanique occupant au xvie siècle la moyenne vallée du río Cauca en Colombie. Au sens large, ce terme a été appliqué à un ensemble d'objets découverts par les fouilleurs clandestins de cette région et des régions avoisinantes. Bien que tous ces objets soient disparates… Lire la suite
ROJAS PINILLA GUSTAVO (1900-1975)

Écrit par :  Raymond MORINEAU

… *Président de la République de Colombie de 1953 à 1957, le général Gustavo Rojas Pinilla a gouverné son pays avec une autorité si ferme qu'elle s'est rapidement muée en dictature. Il avait ramené la paix civile troublée depuis cinq années par les émeutes et les désordres qu'avait déclenchés, en 1948, l'assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, dirigeant… Lire la suite
SAMPER ERNESTO (1950- )

Écrit par :  John H. MATHEWS Universalis

… Président de la *Colombie de 1994 à 1998, Ernesto Samper a connu une carrière politique particulièrement mouvementée, même au vu du contexte colombien. Né le 3 août 1950 à Bogotá, Ernesto Samper Pizano obtient, en 1972, une licence d'économie à l'université Javeriana de Bogotá et, l'année suivante, un diplôme de droit. En 1974, il devient professeur… Lire la suite
SAN AGUSTÍN CULTURE

Écrit par :  Susana MONZON

… *Cette culture s'est développée près des sources du Magdalena (département du Huila), dans le sud-ouest de la Colombie. Mal connue, elle semble s'être développée entre ~ 500 et 1100 après J.-C.( ?). Les structures funéraires et la statuaire y sont exceptionnelles (environ 300 sculptures connues, parfois hautes de plus de 5 mètres, provenant d'une… Lire la suite
SANTANDER FRANCISCO DE PAULA (1792-1840)

Écrit par :  Universalis

… *Quittant la faculté de droit en 1810, Santander rejoint l'armée des patriotes colombiens où son avancement est rapide. Général de brigade dans l'armée de Bolívar en 1819, il devient vice-président de la Nouvelle-Grenade dans la république de Colombie. Homme d'État compétent, connu pour ses principes démocratiques et républicains, il gouverne d'… Lire la suite
TAIRONA CULTURE

Écrit par :  Susana MONZON

… *La culture Tairona s'est développée en Colombie, sur les versants nord et nord-est de la sierra Nevada de Santa Marta et dans la plaine littorale voisine. De 500 à 700, la phase Nahuange (ou Neguange) se limite au littoral. Elle est caractérisée par une architecture de pierre, une orfèvrerie en tumbaga (alliage d'or et de cuivre), des ornements en… Lire la suite
TIERRADENTRO CULTURE

Écrit par :  Susana MONZON

… *La région de Tierradentro se trouve dans le sud-est de la Colombie, dans la cordillère qui sépare les vallées du Magdalena et du Cauca (département du Cauca). Les principaux sites sont groupés sur environ 150 kilomètres carrés autour de San Andrès de Pisimbala. Une séquence chronoculturelle de quatre phases a été établie : la phase I (viiLire la suite
TORRES RESTREPO CAMILO (1929-1966)

Écrit par :  Universalis

… *Né à Bogotá, dans une famille de la grande bourgeoisie citadine, Camilo Torres fait des études de droit et collabore au journal La Razón. Ordonné prêtre en 1952, il étudie la sociologie à Louvain, où il est nommé vice-recteur pour l'Amérique latine. À Paris, il travaille un temps avec l'abbé Pierre, puis obtient sa licence de sociologie en… Lire la suite
TURBAY JULIO CÉSAR (1916-2005)

Écrit par :  Universalis

… Président de la *Colombie de 1978 à 1982. Né le 18 juin 1916 à Bogotá, dans une famille d'émigrés libanais de classe moyenne, Julio César Turbay Ayala (surnommé Turco) étudie à l'école de commerce de Bogotá et au collège universitaire. Il siège à la Chambre des représentants de 1943 à 1949 et devient l'un des principaux chefs du Parti libéral en… Lire la suite
URIBE VÉLEZ ÁLVARO (1952- )

Écrit par :  Clément THIBAUD

… Álvaro Uribe Vélez fut le président de la *Colombie de 2002 à 2010. Il est né à Medellín le 4 juillet 1952 dans une famille prospère, liée de longue date au Parti libéral (P.L.). Brillant étudiant, il obtient le titre d'avocat à l'université d'Antioquia avant d'entamer sa carrière publique en 1976. Son ascension est rapide grâce au soutien des chefs… Lire la suite
WITOTO

Écrit par :  Susana MONZON

… *Indiens de l'Amérique du Sud, les Witoto parlent une langue qui présente certains rapports avec la langue ocaina. Au début du xxe siècle, l'exploitation du caoutchouc provoqua un grand bouleversement chez les Witoto, perturbant leur mode de vie traditionnel. Il s'ensuivit une dispersion en petits groupes le long des grands… Lire la suite

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Bibliographie

Géographie

S. Botero & O. Dollfus, « Territorialités et conflits dans la Sierra Nevada de Santa Marta », in L'Espace géographique, no 4, 1987

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Histoire

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J.-P. Minaudier, Histoire de la Colombie de la cConquête à nos jours, L'Harmattan, Paris, 1997 (2e éd.)

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Crónica de dos décadas de política colombiana 1968-1988, Siglo_XXI, Bogot\'e1, 1987

L'Ordre et la violence. Évolution socio-politique de la Colombie entre 1930 et 1953, E.H.E.S.S., Paris, 1987

E. Pizarro Leongómez, Las FARC (1949-1966). De la autodefensa a la combinación de todas las formas de lucha, Tercer Mundo-I.E.P.R.I., Bogotá, 1991

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F. Thoumi, Illegal Drugs, Economy and Society in the Andes, The Johns Hopkins University Press, Washington D.C., 2003.

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