3. Une politique agricole
En ce qui concerne la production agricole et son écoulement, l'action de Colbert se borne à peu de chose. Les céréales – et notamment le blé – étant de première nécessité pour le pays et ne pouvant pas être produites en quantité suffisante, il était de bonne politique d'en approvisionner le royaume par tous les moyens : alors que Colbert entrave l'importation des produits industriels et en favorise l'exportation, il autorise toujours au contraire l'importation des produits agricoles et n'en permet l'exportation que dans certains cas déterminés. Le « système pourvoyeur » ou annonaire confiait depuis longtemps au souverain la police des subsistances, pour lui permettre d'assurer les approvisionnements en grains, à quelque prix que ce soit. Colbert, sans doute impressionné par les famines qui marquent les deux premières années de son administration, conserve ce fameux système pourvoyeur, mais en travaillant surtout à abaisser le plus possible le prix du blé. Parfois même, pour combattre la famine, il achète du grain à l'étranger et le fait distribuer presque gratuitement, surtout dans les villes.
Ne voyons pas là un témoignage de quelconques préoccupations sociales de la part de Colbert : il pense, non pas aux intérêts des particuliers, mais à la grandeur de l'État, à sa puissance qui serait directement ébranlée si la vie économique était troublée par une famine. De même, il est certain que Colbert ne poursuit pas un but social lorsqu'il s'attaque aux inégalités dans la répartition de l'impôt ; s'il cherche à obtenir la proportionnalité dans l'impôt entre les provinces, entre les différentes classes sociales, c'est encore pour mieux asseoir les finances du royaume, et par là son économie tout entière. Il note par exemple, avec justesse, l'exemple de communes dépeuplées par l'impôt ; il ne cesse, dans ses mémoires au roi, de rappeler la nécessité d'impôts modérés et justes, la nécessité de l'équilibre budgétaire, non dans une optique sociale, mais bien pour éviter les catastrophes économiques : « Si le roi veut continuer à excéder chaque année les recettes de 4 ou 5 millions, c'est la ruine. »< […]
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