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COLANTONIO (1re moitié XVe s.)

L'analyse des affinités et des échanges artistiques que l'on peut déceler vers 1450 entre l'Espagne, la Provence, les Flandres et l'Italie méridionale fait apparaître une tentative commune d'assimiler la manière flamande, et spécialement celle de Van Eyck. À Naples, où celui-ci est considéré, ainsi que Van der Weyden, comme l'un des hommes les plus célèbres du temps (s'il faut en croire l'humaniste B. Fazio) et où ses œuvres sont recherchées par les amateurs, son exemple stimule nombre de peintres locaux, tels l'auteur de La Croix de Piazza Armerina, ou Marco Constanzo et surtout Colantonio, la personnalité la plus puissante du groupe. Les auteurs napolitains du xviie siècle attribuent même à Colantonio la gloire d'avoir réinventé la peinture à l'huile, « contrairement à ce que disent les peintres lombards et autres qui ne savaient utiliser ni le lapis ni le pinceau et furent des barbouilleurs plus que des peintres » (C. Tutini). Le Saint Jérôme guérissant le lion ou le Saint François donnant la règle aux Frères mineurs et aux Clarisses (pinacothèque de Capodimonte), plus encore l'important retable de Saint Vincent Ferrier (église Saint-Pierre-Martyr, Naples) montrent qu'il a retenu de l'art de Van Eyck non seulement les modelés lisses sur lesquels glisse la fine luminosité des Nordiques, mais aussi le sens de la densité des formes, de la texture des surfaces. Les onze petits panneaux relatant l'histoire du saint qui entourent la figure principale trahissent un maître attentif à rendre les modulations de l'ombre entre les piliers d'une église (Apparition du Christ à saint Vincent) comme les cassures rugueuses des rochers ou le miroitement de la mer (Sauvetage d'un navire en perdition). C'est à son illustre élève Antonello de Messine qu'il appartiendra d'assurer le rayonnement de cet art jusqu'à Venise, où il va susciter une évolution décisive.

Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE

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