3. L'art des cloîtres romans
• L'esprit cistercien
Réceptacle de la méditation, le cloître cistercien est une construction dépouillée dont la claire architecture ne doit sa beauté qu'à l'accord des volumes purs avec la simplicité du plan et de l'élévation. Le cloître de Fontenay, bâti du vivant de saint Bernard, est un type achevé de ces constructions abstraites d'où toute décoration superflue est bannie. L'arcature groupe des baies géminées sur colonnettes sous de grands arcs de décharge en plein cintre reposant sur des piles fortes composées. La galerie est couverte d'une voûte en berceau à pénétrations. Au Thoronet, où les galeries sont voûtées d'un berceau brisé, l'architecture fortement structurée met en valeur les inégalités du terrain : ce cloître, de plan trapézoïdal, dont les ailes se situent à des niveaux différents, est, dans sa singularité, le meilleur témoin de la spiritualité cistercienne ; l'appareil est rude, les arcades brutalement percées dans l'épaisseur du mur. Mais les baies géminées surmontées d'un oculus projettent dans le promenoir la clarté sans équivoque d'un motif trinitaire et rythment de stations lumineuses le cheminement des moines.
L'esprit cistercien – on peut parler d'une esthétique plutôt que de modes de bâtir – a ainsi marqué l'art des cloîtres d'une empreinte durable : cet idéal ascétique, lorsqu'il se survit dans sa pureté, perpétue en plein xiiie siècle des formes romanes, en dépit de l'adoption occasionnelle des nouvelles techniques de voûtement (Fontfroide, Fossanova, Casamari). En dehors même de l'Ordre, l'idéal de saint Bernard a infléchi l'esthétique des Grandmontains (cloître de Saint-Michel de Lodève) et, quoique à un moindre degré, celle des Prémontrés.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



