2. Clientélisme des partis et modernisation politique
La spécialisation des activités politiques, qui s'est accrue à partir du début du xxe siècle, n'a pas cependant supprimé les pratiques clientélistes. Certes, celles-ci étaient progressivement dépréciées au fur et à mesure de la diffusion des normes de la citoyenneté civique et même sanctionnées par une série de dispositions légales condamnant les pressions frauduleuses ou les influences illicites sur les votants.
Il n'en reste pas moins que l'expansion de l'intervention de l'État et des collectivités territoriales offrait aux hommes politiques la possibilité de contrôler des ressources publiques et d'en faire éventuellement usage pour mobiliser et fidéliser des fractions de leur électorat. Les politiques sociales, les programmes d'aménagement urbain ou les aides au développement économique pouvaient alors servir à alimenter des « machines politiques » structurées. À l'image de celles qui agissaient dans les quartiers d'immigration des métropoles américaines dans la première moitié du xxe siècle, étudiées par Robert K. Merton, ou dans les régions méridionales de l'Italie après la Seconde Guerre mondiale, décrites dans le cas de Naples par Percy Allum, ces « machines » coordonnaient sur une grande échelle l'attribution clientéliste de ressources administratives (logements, postes de travail, subventions diverses, etc.) en faveur des « boss » locaux des partis au pouvoir.
Le concept « d'État clientélaire » a parfois été avancé à ce propos pour qualifier un système politique dans lequel un parti dominant accapare l'appareil étatique, les biens collectifs et les circuits de leur allocation, dans le but de préserver son hégémonie. Ce fut notamment le cas pour le Parti révolutionnaire institutionnel au Mexique, le Parti libéral démocratique au Japon ou la Démocratie chrétienne en Italie, chacun d'entre eux continûment au pouvoir entre les décennies 1950 et 1980. Dans toutes ces situations, les relations de clientèle se nouaient entre des secteurs entiers de l'État (ministères, organismes bureaucratiques, etc.) et des groupes catégoriels organisés (associations patronales, lobbies, syndicats, etc.).
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