3. Le renoncement à la littérature
La publication de ces œuvres constitue une sorte d'adieu à la littérature profane. Le retour retentissant de Brentano au catholicisme, en 1817, sous l'influence de la jeune Luise Hensel dont il s'était épris, marque pratiquement la fin de son œuvre d'écrivain. Durant la période de graves conflits internes qui précède sa « conversion », il ajoute à son œuvre poétique un lyrisme d'inspiration religieuse qui fait souvent penser à la poésie mystique des xive et xve siècles et comprend quelques-uns de ses poèmes les plus remarquables. Mais il n'a pas connu cette deuxième puberté des natures géniales dont parle Goethe. À partir de 1818, il vivra exclusivement au service de sa foi catholique : il passe cinq ans à recueillir les visions de la religieuse stigmatisée Anna Katharina Emmerich, et après la mort de celle-ci, en 1824, il occupera le reste de sa vie à la retranscription et à la publication de ces visions. Il en publiera un premier volume en 1833. Deux autres paraîtront après sa mort. La qualité de la narration et la beauté plastique des images ont contribué au retentissement de ces trois livres dans les milieux catholiques.
L'œuvre et la personne de Brentano ont suscité les appréciations les plus contradictoires, de la haine violente à l'admiration passionnée. Godwi, le théâtre et même les Romances du Rosaire sont sans doute des œuvres imparfaites qui ont beaucoup vieilli. En revanche, la gloire du conteur et du poète est désormais établie et le jugement d'Eichendorff doit être pleinement ratifié : le plus musicien des poètes romantiques, Brentano a laissé quelques poésies qui comptent parmi les plus belles du lyrisme allemand.
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