1. Origine et fonctionnement
Parce que le piano a pris la place du clavecin, on a parfois tendance à croire que l'un et l'autre appartiennent à la même famille. Or, ces deux instruments n'ont guère que trois points communs : les cordes, le clavier et la forme, cette dernière ressemblance étant d'ailleurs fort approximative. En réalité, il s'agit de deux familles d'instruments très distinctes. D'une part, celle des cordes pincées : virginal, épinette et clavecin, instruments dans lesquels le son est bref, puisqu'il provient du frottement de la corde par un sautereau. Pour le clavecin, un ou plusieurs registres actionnés au moyen de tirasses, genouillères ou pédales permettent à l'interprète d'en varier la sonorité. D'autre part, celle des cordes frappées : monocorde, manicordion, clavicorde, pianoforte et piano. Le son est alors obtenu par la percussion d'un marteau contre la corde. Pas de registres, mais en ce qui concerne les deux derniers instruments cités, une pédale piano, une autre forte, et la possibilité de nuancer par le toucher et de prolonger le son. Un autre fait a pu favoriser la confusion : cymbalum (en italien cembalum) désigne le tympanon ; or le tympanon est un instrument à cordes frappées.
Si, en Angleterre, le virginal a toutes les faveurs au xve et au xvie siècle, sur le continent, on préfère l'épinette puis le clavecin, plus sonore. Jusqu'alors, les instruments servaient surtout à doubler, à renforcer les voix ; petit à petit, ils acquièrent leur autonomie, et les expériences de toutes sortes se multiplient pour en augmenter le volume. D'un clavier, on passe à deux, puis à trois, avec la possibilité de les accoupler ; leur étendue varie, s'étend de trois octaves et demi à quatre puis à cinq ; les registres apparaissent, d'abord manuels, puis actionnés par des genouillères ou des pédales pour en faciliter l'emploi. L'orgue est centré sur un « huit pieds » (tuyau qui a huit pieds de hauteur) ; le clavecin est également centré sur un jeu de huit pieds ; en ajoutant un jeu plus grave d'une octave, on obtient un « seize pieds », et, avec un autre plus aigu d'une octave, un « quatre pieds ». À ces registres peuvent s'ajouter ceux dits « luthé », « théorbé » ou « de staccato ». Registrer, c'est utiliser les possibilités sonores, les mélanger, pouvoir mettre un accompagnement dans l'ombre et faire ressortir un chant. Registrer, pour le claveciniste, c'est choisir sa propre couleur, tel un peintre avec sa palette, afin d'enrichir l'instrument de sonorités diverses, lumineuses ou graves, joyeuses ou plaintives.
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