2. Un musicien à l’écoute
Abbado a radicalement modifié les habitudes musicales à la Scala de Milan, créant des concerts populaires, portant la musique dans les usines, les écoles, les écoles, les hôpitaux et les prisons – souvent en compagnie de son ami Maurizio Pollini, avec qui il partage le même idéal politique et social –, fondant un atelier de création, Musica Realtà, et renouvelant le répertoire dans une direction conforme à ses convictions communistes. Son engagement à la Staatsoper de Vienne, qui correspondait à une politique de rajeunissement analogue, a été écourté, sans lui permettre de laisser une empreinte profonde sur l'illustre maison. À Berlin, il a opéré une mutation analogue, transformant progressivement la sonorité et l'esthétique de l'orchestre trop exclusivement germaniques qu'avaient modelées Furtwängler et Karajan. Le recrutement de musiciens issus de toutes écoles instrumentales, l'ouverture du répertoire à des compositeurs peu joués à Berlin et à la musique contemporaine ont fait entrer l'illustre phalange de plain-pied dans le xxie siècle.
Le répertoire de Claudio Abbado va des classiques à l'extrême avant-garde, avec une prédilection pour Rossini, Verdi, Brahms, Richard Strauss et Mahler. Il a notamment créé les versions originales et révisées de l'« action scénique » Al gran sole carico d'amore de Luigi Nono (« Au grand soleil d'amour chargé », Teatro Lirico de Milan, 4 avril 1975 et 11 février 1978), qui lui est dédiée ainsi qu’à Maurizio Pollini.
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