4. L'exploration des racines
Les Géorgiques et L'Acacia marquent l'aboutissement de l'œuvre. Encore une fois, Claude Simon organise le récit à partir de ses propres souvenirs, à partir de l'histoire de ses parents (L'Acacia) ou de l'un de ses ancêtres, général d'Empire, ancien régicide (Les Géorgiques).
Les Géorgiques reprennent les thèmes simoniens de la guerre (guerres de la Révolution et de l'Empire, guerre d'Espagne, Seconde Guerre mondiale), du temps et de l'oubli, de la mort. Trois histoires sont mises en parallèle, selon une structure musicale qui évoque celle de la fugue (exposition des thèmes, développement, reprise des thèmes) : celle de L.S.M. (les documents officiels cités dans le roman, ou les lettres du général à son intendante, sont d'authentiques papiers de famille), celle de O., jeune anarchiste lié aux républicains espagnols en 1936, celle enfin d'un personnage qui sert dans la cavalerie lors de la retraite de 1940. Tandis que se développent des images de guerre et de révolutions, une vieille femme restée chez elle assiste, impuissante, aux luttes. Dans Histoire, seules les cartes postales permettaient de faire renaître le passé : de même, ici, les seules traces qui restent du glorieux général L.S.M. sont les lettres qu'il envoyait à son intendante, de tous les champs de bataille d'Europe, pour qu'elle prît soin du domaine.
L'Acacia se présente comme un puzzle, juxtaposant visions de la Première Guerre mondiale et de ses champs de mort, images de la débâcle de 1940, souvenirs d'un voyage dans l'Europe en crise de 1937 et, surtout – c'est là le plus beau du livre –, évocations des parents de l'auteur : son père, fils de paysans du Jura devenu officier supérieur grâce à l'acharnement de ses deux sœurs, restées vieilles filles et cultivant la terre pour subvenir à ses études, et sa mère, riche jeune fille promenant son indolence fin de siècle de grands hôtels en propriétés familiales, avant de rencontrer le fils de paysans, de l'épouser malgré les réticences de sa […]
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