2. Un cycle familial
À partir de L'Herbe, Simon trouve son ton et son domaine propres. Il inaugure ce que l'on pourrait appeler un cycle familial, qui comprend L'Herbe (1958), La Route des Flandres (1960), Le Palace (1962) et Histoire (1967). Dans ces quatre romans, Simon ne tente plus de « créer de la fiction et des personnages » pour illustrer ses thèmes, mais plutôt de creuser en profondeur son propre sillon, avec ses propres souvenirs, sans inventer de sujets ni donner vie à des personnages de fiction (lui-même avoue qu'il n'a aucune imagination). À l'influence de Faulkner, dont le souvenir transparaît toujours dans ses étonnantes descriptions, se substitue celle de Proust (chez qui selon lui, contrairement à Faulkner, « la fable est purement et simplement expulsée »). Comme Proust, Simon tente d'aller à la recherche du passé et de restituer au moyen des mots les sensations disparues.
Les mêmes personnages reviennent dans ces livres : Georges (héros de L'Herbe et prisonnier en Allemagne dans La Route des Flandres) et ses parents (couple aigri et vieillissant de L'Herbe), le capitaine de Reixach (qui se fait tuer pendant la débâcle dans La Route des Flandres), Corinne, la femme infidèle de Reixach et la cousine du narrateur d'Histoire, le « narrateur » (le « je » d'Histoire et de La Route des Flandres) et son oncle Charles (Histoire). Dans tous ces textes réapparaissent aussi les mêmes thèmes : l'échec (échec du couple de L'Herbe, celui de l'oncle Charles et de sa femme dans Histoire, du narrateur et d'Hélène, également dans Histoire), la mort (de la vieille femme dans L'Herbe, de Reixach dans La Route des Flandres), la guerre (Espagne dans Le Palace, Seconde Guerre mondiale dans La Route des Flandres), le pourrissement (cadavre dans L'Herbe, carcasses de chevaux se décomposant dans la boue dans La Route des Flandres). Mais le thème simonien par excellence est celui du temps et de l'histoire. Du passé seuls restent l'histoire revécue après coup (« essaie de te rappeler non pas comment les choses se sont passées – cela tu ne le sauras jamais –, du moins celles que tu as vues : pour les autres, […]
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