Architecte visionnaire, grand constructeur, urbaniste et dessinateur, philosophe et poète de la théorie architecturale, Ledoux domine la scène artistique française, de la fin du règne de Louis XV à 1804 – date de la parution de son livre : L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation.
S'il faut un génie à l'architecture de l'époque de Goethe, David, Mozart ou Beethoven, la personnalité de Ledoux s'impose en Europe comme aucune autre par l'originalité, la variété, la puissance et l'universalité de ses conceptions ; par l'ampleur inégalée, aussi, de l'œuvre construit qui touche tous les genres de bâtiments. La destruction des trois quarts de ceux-ci et l'oubli par lequel le xixe siècle manifesta son mépris pour l'art du siècle des Lumières expliquent la redécouverte assez récente de l'architecture de Ledoux. Entre 1930 et 1970, bien des approximations et des malentendus, suscités par une lecture moderniste de son livre « testament », entretinrent le mythe de l'« artiste maudit », de l'« architecte révolutionnaire » victime de l'incompréhension de ses contemporains. L'historiographie actuelle de l'art néo-classique prouve, au contraire, que l'œuvre de Ledoux, pure conséquence de la pensée encyclopédique et de la sensibilité moralisante et sensualiste du xviiie siècle, fut fort bien compris et admiré des édiles et de l'intelligentsia de son temps.
1. Le constructeur prolifique
Né à Dormans en Champagne, boursier d'un des plus célèbres établissements d'enseignement secondaire de la capitale, le collège de Beauvais, Ledoux eut une carrière essentiellement parisienne dont les prolongements en province furent considérables ou prometteurs. Doué d'une imagination exaltée, d'une ténacité et d'un enthousiasme communicatifs, il se plaira, dans sa vie d'artiste, à valoriser sa formation littéraire, sa curiosité philosophique et son sens politique. L'amitié des poètes bucoliques Delille et Saint-Lambert, ses relations avec les physiocrates, avec certains n […]
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