Né à Paris en 1925, Claude Lanzmann, écrivain, cinéaste, intellectuel dans le siècle, directeur de la revue Les Temps modernes (fondée par Sartre en 1945) est d'abord mondialement connu pour Shoah (1985), consacré à l'extermination des Juifs par le gaz. Que le titre de ce film, deux syllabes opaques, le titre le plus court pour le film le plus long – neuf heures et demie –, nomme dorénavant l'immense processus d'anéantissement, la Shoah, dit bien avec quelle radicalité il ressuscite la mort programmée d'un peuple.
Depuis lors, nous sommes hantés par tant de lieux, rails, aiguillages, quais de gares aux noms terrifiants, campagnes épanouies, forêts crépusculaires ou rousses d'automne, champs bourbeux, routes et villes d'aujourd'hui, villes des morts, villes des vivants, et la sinistre bouche d'ombre, la porte d'Auschwitz ; et par tant de visages, bouleversants, odieux, sereins, fuyants. Si ces lieux et ces visages nous hantent, c'est parce que chacun d'eux dit toute la Shoah, et que telle est l'invention du film Shoah, qui lui a permis de nommer, dans l'universel, ce qu'il révélait. Ce cercle condense tous les cercles que nous aurons parcourus au long de ces heures où le temps perd ses ordinaires repères et nous dit l'événement unitaire et innombrable dont nous sommes dorénavant comptables.
Il y a eu aussi d'autres films. Avant et après. Des films de vie. Pourquoi Israël (1973), jubilatoire, tendre et profond, s'articule autour de la question de la normalité ou de l'anormalité d'un État juif. On pénètre dans la réalité d'un pays complexe, taraudé de contradictions, enthousiaste et angoissé.
Dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), Yehuda Lerner, qui participa à la révolte réussie du camp d'extermination de Sobibor, nous révèle la liberté, le courage comme décision et comme instinct, l'irrépressible force de la vie. Quand le héros raconte son invraisemblable histoire, quand, joignant le geste à la parole, il abat sa main comme une hache, il est l'adolescent fendant le crâne du géant nazi […]
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