Surtout célèbre par la mise en musique du psautier huguenot, de facture dépouillée, conforme à l'esprit du calvinisme naissant (et bien que Calvin ait été hostile à la polyphonie dans le culte divin), Goudimel occupe une place importante dans la musique française, juste avant que celle-ci ne subisse l'influence italienne. Il est, avec Claude Le Jeune, le plus grand musicien français de la Réforme. Il mourut à Lyon, victime des massacres de la Saint-Barthélemy. Une légende, maintenant détruite, en fit le maître de Palestrina. En 1549, il étudiait à l'université de Paris ; il fut associé à l'éditeur Nicolas Du Chemin comme correcteur (1551), puis comme conseiller artistique (1553). Il rencontra Ronsard chez son ami Jean de Brinon, à qui il dédia son Premier Livre de psaumes (1551) ; il fréquenta vraisemblablement l'Académie de Baïf et collabora à la mise en musique des Amours de Ronsard (En qui respandit le ciel, Qui renforcera ma voix, Quand j'aperçoy, Errant par les champs de la grâce). Mis à part dix motets à trois et quatre voix, plusieurs Magnificat à cinq voix, vingt-cinq chansons spirituelles (dont dix-neuf perdues sur des textes de M. A. de Muret), plus de soixante chansons profanes, les Odes d'Horace (perdues), il écrivit quatre versions du psautier, sur des textes de Marot et de Bèze. L'une est une harmonisation, note contre note, des cent cinquante psaumes à quatre voix, avec chant presque toujours au ténor (17 fois au soprano) ; l'harmonie est très simple, en accords parfaits et de sixtes, avec quelques retards de la tierce : Goudimel pensait notamment au chant familial à la maison. Une autre version propose une partie d'accompagnement en contrepoint fleuri. Il reste beaucoup à étudier pour connaître le style des chansons de Goudimel ; dans celles qui sont publiées, il n'atteint pas à la fluidité gracieuse de ses contemporains (Janequin et Sermisy) ; elles manquent de légèreté, surtout en raison de son désir de rendre expressive chacune des voix. Il réussit toutefois dans le genre élégiaque. Ses cinq messes brèves à quatre voix, en revanche, sont un succès ; elles empruntent des timbres profanes connus (Le bien que l'ay par foy d'amour conquis, De mes ennuys, Tant plus ie metz, Il ne se treuve en amitié, Audi filia) et sont dans la ligne de la messe Pange lingua de Josquin. C'est au contact et sous la direction de Goudimel que l'humaniste allemand Paulus Melissus (Schedius) entreprit de traduire les psaumes en Allemagne, à la manière de Marot et de Bèze.
Pierre-Paul LACAS
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