Avoir été le maître d'un très grand artiste peut notablement desservir une réputation : tel est le cas de Claude Gillot que l'on ne connaît plus guère que pour son association avec Watteau. Gillot était né à Langres, dans une famille de peintres ; sa biographie est mal connue, et on ne sait pas à quelle date il s'installa à Paris. Il fut reçu à l'Académie en 1715 ; son morceau de réception est un tableau religieux, Le Christ près d'être attaché à la Croix, église de Noailles, mais il semble qu'il s'était déjà fait une spécialité des scènes de comédie italienne dont Watteau a pu prendre le goût chez lui. La question est délicate, car les dates du passage de Watteau dans l'atelier de Gillot sont hypothétiques et l'attribution de certains dessins entre les deux peintres soulève toutes sortes de problèmes. Il est vraisemblable qu'ils travaillèrent ensemble quelques années entre 1705 et 1710, et l'on a pu établir que vers cette date Watteau a dû copier des dessins de Gillot : c'est ainsi qu'une feuille d'étude conservée au musée de Darmstadt, et qui représente des acteurs et des actrices, est sûrement de la main de Watteau, mais reproduit une composition de Gillot. On pourrait évoquer cent autres questions semblables : l'établissement du catalogue des dessins de Gillot, travail qui reste à faire, aidera notablement à la connaissance de l'un et de l'autre artiste. Les tableaux de Gillot sont rares et posent aussi des questions d'attribution. La partie de son œuvre la mieux connue est finalement, comme il est naturel, la gravure. C'est avec elle que l'on découvre le style menu et un peu crispé de Gillot : ses figures, spirituellement enlevées, gardent toujours un certain air de sécheresse caricaturale. Ces thèmes de comédie italienne, auxquels Watteau sait donner tant de délicate poésie, restent chez Gillot prétexte à déployer un esprit de bouffonnerie dérisoire qui semble avoir été le fond de son tempérament inquiet.
Georges BRUNEL
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