Parisien de naissance, Dorat fut, comme l'ancêtre dont il portait le nom, fécond et paresseux. On lui reprocha sa hâte à produire et une certaine propension à la négligence. « Il hasardait ses ouvrages, comme les saillies d'un homme aimable que l'occasion inspirait », dit un de ses contemporains. Pourtant, ce petit-maître valait probablement mieux que sa réputation. Il s'était lancé dans la carrière littéraire après s'être essayé au barreau et à l'armée. Le théâtre (six tragédies, sept comédies) et la poésie légère l'attirent également sans qu'il s'impose d'un côté ni de l'autre. On décèle avec peine une œuvre forte dans la cascade de ses productions Cependant, le chevalier-mousquetaire (il avait signé son premier recueil « M. D... ci-devant mousquetaire ») incarne, au moins autant que son ami Charles Pierre Colardeau (1732-1776), la détresse du lyrisme français au creux de la vague produite par l'explosion des Lumières à la charnière des deux moitiés du siècle. Sous sa frivolité se dissimule sa difficulté d'être poète en pleine crise de l'imagination créatrice. Fantaisiste, touche-à-tout, viveur, Dorat fut autant victime de sa prodigalité et de son imprévoyance que d'une opinio […]
