5. Une descente aux enfers
Avec La Cérémonie, chef-d'œuvre de cette dernière période, la séparation des classes est radicale, tout autant que la conclusion. Plus question d'aborder de front une bourgeoisie qui n'est plus celle du temps de Pompidou ou de Giscard d'Estaing mais qui, près de trente ans après Mai-68, semble directement issue des « événements » : une famille Lelièvre compréhensive, libérale, paternaliste, en surface du moins... Face à elle, une postière (Isabelle Huppert) agressive, passionnée de lecture, et une « bonne à tout faire » (Sandrine Bonnaire) qui cache son analphabétisme, liées par leur situation sociale mais surtout par un crime ou un accident que chacune a peut-être commis ou subi... Le meurtre des Lelièvre, semblable au célèbre crime des sœurs Papin, surgit soudainement, malgré une lente maturation invisible. Rien à voir avec un quelconque combat « classe contre classe ». Au-delà de la fracture sociale de l'argent, la culture maintient les barrières : Mozart et Karajan contre Pascal Sevran et les Minikeums... Quand la télévision maintient les exploités dans une situation proche de l'analphabétisme, que la frontière entre « faire le bien » (la charité) et « faire le mal » (tirer sur les Lelièvre) ne peut plus être perçue, la société est au bord de l'implosion. « On a bien fait », concluent les meurtrières. En effet, puisque « rien ne va plus », selon le titre du cinquantième film de Chabrol reprenant l'idée balzacienne du vol et du crime comme fondements de la société.
Le doute, le mensonge, l'illusion marquent cette dernière période, dont un titre est également emblématique : le couple d'Au cœur du mensonge est pris dans un système de doute réciproque. Le peintre incarné par Jacques Gamblin, nouveau venu dans la « famille » des acteurs de Chabrol, doute, lui aussi, de son génie, tout en vivant de son travail de modeste professeur de dessin pour petites filles riches, et son épouse (Sandrine Bonnaire) en vient à le soupçonner de deux meurtres. Comédie policière i […]
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