4. Rien ne va plus
Film mal compris, Madame Bovary clôt une période chabrolienne. De tout temps, les héroïnes de Chabrol sont des Emma Bovary, et celle de Chabrol, incarnée par Isabelle Huppert, est bien une « bonne femme ». Des mouvements de caméra incessants annulent les élans romantiques intérieurs d'Emma par les regards que jettent sur elle les « réalistes ». Au lieu d'éloigner le réalisateur du monde contemporain, l'adaptation de Flaubert l'en rapproche et nous rappelle à quel point il est tout autant balzacien et chroniqueur de la société contemporaine. La période de l'Occupation lui a toujours paru capitale pour comprendre la France d'aujourd'hui. Déjà, Une affaire de femmes, d'après un fait authentique, lui avait permis de mettre le doigt sur les aspects les plus répressifs du régime de Vichy à travers deux phénomènes qui concernent toujours notre époque, au point que le film aura beaucoup de mal à être diffusé aux États-Unis : l'avortement et la peine de mort. Chabrol donne ensuite son unique documentaire à ce jour, L'Œil de Vichy : un montage des actualités cinématographiques produites par le gouvernement de Vichy sans jugement apparent ni commentaires, où se donnent à lire en creux l'idéologie et la propagande du régime.
L'héroïne de Betty, nouvelle adaptation de Simenon, magistralement interprétée par Marie Trintignant, n'est marquée d'aucune trace de « bovarysme » : croyant se régénérer d'un traumatisme culpabilisant, elle s'enfonce dans les eaux troubles des obsessions sexuelles et de l'alcool. Nul romantisme également dans cet enchaînement des trahisons – de ses origines, de son mari bourgeois et sa famille, de celle qui l'aide enfin à s'en sortir. Le Mal devient le thème central de cette dernière période, décliné des plus étranges façons. Pour Betty, le Mal est nécessaire à sa survie. Paul Prieur – retour du prénom maléfique –, le héros de L'Enfer, librement inspiré d'un scénario d'Henri Georges Clouzot, a un besoin pathologique du Mal, mais de celui qu'accompli […]
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