3. L'homme et la bête
Car le propos de Chabrol n'est pas plus d'ordre strictement social que psychologique. Les problèmes abordés dans La Femme infidèle comme dans Juste avant la nuit ne sont ni ceux de la société bourgeoise ni ceux du couple. Dans le premier, c'est par le crime, la transgression et un peu de folie que Charles Desvallées (Michel Bouquet) croit maintenir non pas son couple ou son bien-être matériel, mais l'harmonie d'un monde où le Bien ne s'opposerait plus au Mal. Dans le second, Charles Masson (M. Bouquet, là encore), une fois son meurtre commis, ne peut supporter de le voir étouffé par son entourage, au nom de l'idée qu'il se fait de sa souveraineté (au sens nietzschéen ou sadien). Tout autant que la bêtise ou la folie, la culture peut brouiller la subjectivité, mener au crime ou lui servir d'alibi. C'est le propos de Que la bête meure, qui cite l'Ecclésiaste : « Il faut que la bête meure, mais l'homme aussi. » Du simple complexe individuel à la folie, la société ou la morale, on passe, avec Le Boucher, à l'idée même de civilisation. En situant près des grottes préhistoriques de la Dordogne l'histoire de Popaul (Jean Yanne), le boucher assassin de jeunes femmes, amoureux de Mlle Hélène (Stéphane Audran), l'institutrice qui refuse le corps au nom de l'esprit, Chabrol s'interroge sur le passage de l'animalité à l'humanité, de la nature à la culture.
C'est dans ce sens qu'il faut comprendre la satire sociale qui parcourt l'œuvre : dès Les Cousins, le cinéaste a trouvé à la fois son milieu (qu'il connaît bien) et sa cible : la grande bourgeoisie ou, pis, ceux qui y aspirent sans en avoir les moyens, de l'Albin (Jacques Charrier) de L'Œil du malin aux amants des Noces rouges. Imbue d'une supériorité qui la placerait au-dessus des lois, cette classe développe un système économique et idéologique qui mène à l'empoignade sordide (Le Scandale), au crime possessif (La Rupture), aux fléaux guerriers (Landru), ou à l'abus de pouvoir (L'Ivresse du pouvoir). L'analyse des mécanismes prédateurs sociaux se fait plus s […]
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