2. Premières recherches sur les sucs digestifs
Claude Bernard réalisa d'abord, en collaboration avec son maître, des essais sur la thermogenèse animale ou sur « la combustion des aliments respiratoires au niveau du sang ». Les recherches sur le métabolisme respiratoire étaient à l'époque dominées par les chimistes : Eilhard Mitscherlich, en Autriche, Jean-Baptiste Dumas, en France, avaient échafaudé une théorie de la respiration selon laquelle les « oxydations respiratoires » se déroulaient dans le sang. Dumas (1800-1884) distinguait, d'une part, les « aliments respiratoires » (sucres, féculents, graisses), qui produisaient par combustion dans le sang la chaleur animale et le gaz carbonique exhalé par les poumons, et, d'autre part, « les aliments plastiques azotés » (gélatine, fibrine, albumine, caséine), qui étaient assimilés pour la croissance des organismes, sans être oxydés. Justus Liebig (1803-1873), chef de file des chimistes allemands, soutenait en revanche que les substances organiques étaient toutes oxydées par les organismes animaux et que le catabolisme de ces substances libérait du gaz carbonique et de l'ammoniac dans l'atmosphère.
Bien qu'ayant suivi les cours de Dumas à l'École de médecine, Claude Bernard était réticent à l'idée du catabolisme respiratoire se déroulant dans le sang. Impressionné par la découverte récente des « diastases » : l'amylase de l'orge (par Payen et Persoz en 1833), la pepsine gastrique (par Théodore Schwann en 1836), Claude Bernard prépara sa thèse de doctorat en médecine sur le rôle du suc gastrique dans la nutrition.
Le modèle expérimental préféré de Magendie était le chien. Dans une première série d'expériences, le jeune physiologiste injecta du prussiate (hydrocyanate) de potassium dans l'une des deux veines jugulaires d'un chien et du lactate de fer dans l'autre. Si les deux substances injectées avaient pu se combiner dans le sang, il se serait formé du cyanate de fer ou « bleu de Prusse » dans les vaisseaux. Or aucun prélèveme […]
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