Xavier Bichat (1771-1802) donnait encore la prédominance à l'anatomie sur la physiologie puisqu'il attribuait une fonction différente à chacun des tissus de l'organisme. Claude Bernard montra qu'une même fonction (la respiration, par exemple) peut se retrouver dans plusieurs tissus et qu'inversement une seule fonction (la digestion, par exemple) peut mettre en œuvre plusieurs tissus (les muqueuses gastrique et intestinale, les glandes salivaires, stomacales et pancréatiques, le foie, etc.). Désormais, la physiologie dominera l'anatomie ; mais, pour expliquer rationnellement le fonctionnement de l'organisme, la physiologie « générale » devra intégrer de nombreuses données anatomiques, histologiques, physico-chimiques et cellulaires. Claude Bernard fut ainsi le principal initiateur de la « révolution physiologique » qu'il décrivit lui-même très lucidement : « de tous les points de vue en biologie, la physiologie expérimentale constitue à elle seule la science vitale active, parce qu'en déterminant les conditions d'existence des phénomènes de la vie, elle arrivera à s'en rendre maître et à les régir par la connaissance des lois qui leur sont spéciales » (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865).
1. Une vie consacrée à la physiologie
Claude Bernard naît le 12 juillet 1813 à Saint-Julien-en-Beaujolais, près de Villefranche-sur-Saône, dans une famille de vignerons aux ressources modestes. À dix-neuf ans, étant dans l'obligation de gagner sa vie, il entre comme employé d'officine, élève-apprenti en pharmacie, chez l'apothicaire Millet, à Lyon. Il y fait office de préparateur et constate que les médicaments proposés à l'époque sont le fruit de règles purement empiriques ou de traditions sans rationalité apparente. En dehors de ses heures de travail, il compose un vaudeville, Rose du Rhône, qui sera joué à Lyon, puis une tragédie, Arthur de Bretagne, qu'il se propose de faire jouer dans la capitale.
C'est pour cela qu'en 1834, manuscrit en poche, il « monte » à Paris. Mal accueilli par les cr […]
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