1. Littérature
• Tentative de délimitation
Il est trop clair que ceux que nous dénommons aujourd'hui les classiques, en France ou hors de France, n'ont jamais connu ce terme et ne se le sont jamais appliqué à eux-mêmes. Voltaire ne les a pas davantage appelés ainsi. C'est uniquement à l'époque de la Restauration et du règne de Louis-Philippe que, pour combattre les jeunes romantiques en rébellion contre tout académisme et assoiffés de nouveautés, dont beaucoup venaient de l'étranger, des critiques conservateurs ont consacré comme modèles seuls dignes d'être étudiés au cours des humanités les écrivains du siècle de Louis XIV. Il est d'ailleurs également évident que bien des ouvrages parus exactement à la même époque que les tragédies de Racine ou les oraisons de Bossuet sont dénués des vertus de noblesse, d'harmonie, de sérénité et d'impersonnalité artistique que l'on attribue d'ordinaire aux classiques : ce sont par exemple Le Repas ridicule de Boileau, le Roman bourgeois de Furetière, les Mémoires du cardinal de Retz, les Lettres portugaises, composés, sinon publiés, entre 1665 et 1670.
L'adjectif classicus désignait en latin une certaine classe de citoyens. Ce sens a disparu dans les langues de l'Europe moderne, même chez les historiens qui, influencés par le marxisme, insistaient pour faire des œuvres de Pascal, de Boileau, de Racine, de La Bruyère des livres issus d'une classe dite bourgeoise. Très tôt, l'adjectif a désigné des ouvrages dignes d'être étudiés dans les classes et, par extension, des ouvrages de premier rang, capables de durer, et comparables aux meilleurs livres que nous aient légués les Grecs et les Romains. Pendant longtemps, les professeurs de France et d'ailleurs ont élu, à l'exclusion de Rabelais et même de Montaigne, de Diderot ou des romanciers du xixe siècle, quelques grands écrivains de l'époque de Louis XIV. Il était de coutume d'affirmer que la langue française avait alors atteint un point de perfection qui avait fait de la prose un moyen d'exp […]
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