« J'ai cassé la prison et les menottes de la batterie. » Personne ne contestera à « Klook » – surnom en forme d'onomatopée qu'il hérite de l'une de ses figures rythmiques – le titre envié de libérateur de l'instrument. C'est en effet sous ses balais que la batterie moderne s'affranchit du carcan de la rythmique à deux, puis à quatre temps. C'est grâce à lui qu'elle n'accepte plus de n'être que le vigilant gardien du tempo et accède enfin au rôle de soliste à part entière. Ni Art Blakey ni Max Roach n'auraient esthétiquement vu le jour sans Kenny Clarke.
Kenneth Spearman Clarke – qui adoptera plus tard le nom musulman de Liaquat Ali Salaam – naît à Pittsburgh (Pennsylvanie) le 9 janvier 1914. Des parents musiciens l'initient chacun à son propre instrument : la mère au piano et le père au trombone. Il étudiera également le vibraphone et la théorie musicale. Orphelin de bonne heure et livré à lui-même, il court les rues d'une ville qui a donné au jazz Erroll Garner, Art Blakey, Ray Brown, Ahmad Jamal, Mary Lou Williams et tant d'autres encore... Il joue partout : bals, défilés, fanfares, orchestres de rencontre. C'est avec Leroy Bradley, batteur venu du Nord, qu'il fait ses véritables débuts. Il restera avec lui pendant cinq ans. En 1935, il accompagne Roy Eldridge. Il séjourne à Saint Louis dans le Jeter-Pillars Orchestra puis gagne New York, où il rejoint, en 1937, Edgar Hayes, avec qui il réalise son premier disque. L'Apollo Theater le choisit comme batteur attitré. C'est là que son dynamisme lui vaut rapidement le sobriquet de « chaise électrique ». En 1937, il effectue une tournée en Finlande et en Suède. Pendant huit mois, il joue chez Claude Hopkins et accompagne Louis Armstrong ainsi qu'Ella Fitzgerald. Teddy Hill l'engage dans son orchestre (1939-1940). Mais son style n'est pas des plus prisés : « Teddy Hill m'avait flanqué à la porte en disant que je démolissais le tempo. En fait, il écoutait mal car je tenais la mesure sans arrêt. Je crois que c'est mon improvisation de […]
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